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    Cours n° 1

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    Cours n° 1

    Message  Admin le Mer 19 Mar 2008, 2:43 am

    Ce cours s'interroge sur la mise en scène du personnage de l'écrivain au théâtre. Celui-ci tend à endosser souvent les rôles, confident, "bouc émissaire" ou menteur dans la mesure où l'écrivain est celui qui créé l'artifice substituant une autre réalité à la réalité préexistante. Ce personnage est particulièrement doté de traits autobiographiques appartenant à l'auteur.

    THOMAS BERNHARD, "AU BUT"
    I.Présentation générale

    1. Enfance


    Autrichien, Thomas Bernard voit pourtant le jour aux Pays-Bas où sa mère s'était réfugiée car l'enfant avait été conçu hors mariage. Elevé à Vienne par ses grand-parents, il sera rejoint par sa mère en 1932. Celle-ci se remariera en 1936, son mari ne reconnaîtra pas l'enfant. Le personnage de la mère est fondamental dans la vie et l'oeuvre bernhardienne. Lors de son adolescence et de sa jeunesse, la jeune femme travaillera en tant que femme de chambre et cuisinière au servie de riches familles suisses et autrichiennes. Sa vocation première consistait cependant à devenir danseuse, projet qu'elle sera contrainte d'abandonner en raison de problèmes de santé ce qui occasionnera une très vive frustration. Son fils connaîtra la même déception en voyant sa carrière de chanteur lyrique entravée par des difficultés d'ordre médicales, ayant contracté la tuberculose, Bernhard souffrira le reste de sa vie du "souffle court".
    Son grand-père, Johannes Fraumbichler est un homme au caractère dépressif et tyrannique pour lesquel sa fille et sa femme se sacrifieront tout au long de leur existence. Enceinte et réfugiée dans un couvent, sa mère le quitte afin de subvenir aux besoins pécuniers de ses parents. Cette dépendance d'un homme à l'égard des femmes est un schéma que Bernhard ne manquera pas de reproduire, il en usera ainsi envers Hélène, cette femme renoncontrée trés jeune, vers 18, 19 ans; beaucoup plus âgée elle ne cessera de le soutenir matériellement et encourager le jeune homme à persévérer dans son entreprise littéraire. Sa mère enchaîne quant à elle les emplois les plus pénibles entraînant de nombreux déménagements et astreignant l'enfant à changer souvent de nourrice ou de foyers. De cette période chaotique, Bernhard donnera une importance considérable à un épisode lors duquel il fût confié aux soins d'une femme vivant sur un chalutier sur lequel sa mère venait lui rendre visite chaque Dimanche en concluant de manière fortement exagérée qu'il était en réalité et depuis toujours "un homme de la mer"! "La Cave" est un récit largement autobiographique. Thomas Bernhard reconnaît l'égoïsme et la mysogynie du grand-père ayant négligé en outre l'éducation de ses enfants, le frère de la mère de l'écrivain a été confié à une institution tandis que sa mère ne reçut pas une éducation lui permettant d'envisager une profession plus confortable et intéressante. Lorsque cette dernière se remaria avec Emile Fabjau, le jeune époux subvînt à son tour aux besoins de tous. Le grand -père ne continua pas moins de se comporter de manière odieuse et manifester envers chacun une insupportable condescendance faisant souffrir à son entourage sa dépression et l'accablant de menaces suicidaires, imposant à la famille entière de pénibles privations au nom de son art. A partir du mariage de sa mère, l'enfant vît peu celle-ci et partît vivre auprès de ses grands-parents. Sa mère était une femme dépressive effrontant à l'instar du grand-père la tentation du suicide. Bernhard héritera de ce trait de caractère. La relation de la mère et du fils est passionnelle, marquée par la confrontation de l'amour et de la haine. L'écrivain associera cette figure maternelle à l'image de la patrie à laquelle il repproche son catholicisme et son inconditionnelle propension à l'antisémitisme.
    La littérature autrichienne est traditionnellement une littérature de terroir louant la mère-patrie, l'écrivain s'approprie ce genre dans le but de le pervertir, de s'y opposer et mue par un dessein extrêmement subversif. L'Autriche et tout particulièrement Salzbours sont présentées comme un enfer, cette dernière se présente comme une ville de la perversité à la beauté artificielle et hypocrite qui n'est pas sans rappeler l'exécration d'un Gogol pour Pétersbourg avec lequel Bernhard partage des images associant l'objet de leur haine à des ville-décors, villes-théâtre. Le parallèle opéré entre la mère et l'Autriche est considérablement souligné par cette singulière idée : Toutes deux ne mettent au monde leurs enfants que dans le but de les détruire. Bernhard se réconciliera avec sa mère lors de son séjour à l'hôpital.peu de temps avant la mère de sa mère. Son père se prénommait Aloïs, il était un menuisier, l'une des seules choses que l'on peut considérer que l' écrivain ait pu hérité de lui est une certaine forme de pathos théâtral. Les lettres qu'Aloïs adressait à sa compagne, Herta, sont empruntes de théâtralité et marquées par un langage grandiloquant promettant un amour éternel, un soutien financier inaliénable... Il fût néanmoins l'objet d'un procès visant à procéder à une recherche de paternité requis par Herta et sa mère, grand-mère de Thomas. Aloïs fût introuvable. La mère porta plainte au nom de son fils mineur.La mère gagna son procès mais le père mourût peu de temps après d'un accident dont la forme demeura indécise ce qui fît songer à un suicide, hypothèse à laquelle Bernhars souscrivît naturellement. Aloïs s'était remarié et été devenu le père d'une petite fille, Ilda que son demi-frère n'eût jamais la possibilité de connaître, Ilda vivant en R.D.A. Via la Croix-Rouge, la famille lança un avis de recherche qui aboutît à sa découverte une fois le mur tombé en 1989. Ilda apprît le 17 Février 1989 qu'elle était la soeur du grand écrivain autrichien, Thomas Bernhard mort dans la nuit du... 11 au 12.
    Bernhard rendît son dernier souffle exactement le même jour que son grand-père. Il ne sût jamais qu'il possédait une demi-soeur.
    Les sentiments à l'égard de son père alternèrent entre l'admiration, la fascination envers cet homme absent. IL s'identifia beaucoup à lui, cherchant des documents, trouvant des photos au moyen desquelles il constata qu'il partageaient une ressemblance physique troublante, objet du désespoir de sa mère, son fils ressemblant douloureusement à l'homme qui l'avait oubliée.

    2. Jeunesse

    En 1942, B. quitte le lycée.. Le jeune homme ses dirige DANS LE SENS OPPOSE (l'expression du temps revêt une importance considérable. B. est un esprit ANTI-CONFORMISTE. Il travaille comme commis dans une épicerie située dans l'un des pires quartiers de Salzbourg par esprit de contradiction vis-à-vis de la société bourgeoise. Aussi en 1949, contracte-t-il une grippe qui aboutira à celle de la tuberculose. B. était donné perdu par les médecins. Sa guérison => idée de renaissance +seconde identité.
    Au sanatorium (rien à voir mais lisez Schulz, "Le Sanatorium"), il contracte cette fois la tuberculose. Il demeure longtemps et apprend la mort de sa mère et celle de son g.-père par le journal ce qui lui inflige un choc extrêmement violent. Il se retrouve donc seul, tout juste âgé de 18 ans. Il se met considérablement à lire et à écrire à partir de cette période. Il déclare que la maladie lui a permis de découvrir la littérature ("Le Froid") Il lit des poèmes à sa mère et se réconcilie avec elle avant la mort de celle-ci. Il quitte les hôpitaux en 1952 après deux années passées en convalessence. Son rapport à la maladie est particulièrement complexe. Celle-ci s'est aggravée du fait que sa mère et sa grand-mère ne lui ont pas accordée l'importance qu'elle méritait, celle-ci étant perçue comme une faute résultant du choix du jeune homme de travailler dans de misérables conditions et non pas de continuer ses études. En 1950, il fait la connaissance d'Hedwig Stavianicek cette femme d'origine tchèque infirmière, très maternelle et qui l'encouragera à poursuivre ses efforts en matière d'écriture. Il débute une carrière de journaliste en 1952 et devient chroniqueur judiciaire. Ses articles font scandale à Salzbourg, il y fustige en effet l'hypocrisie dominante et déclare que celle-ci est "une prison fondée sur la religion" et dénonce son "refus d'abandonner les valeurs national-socialistes" (le nazisme). Il étudie au conservatoire de musique de Vienne et suit des cours de de théâtre et de chant.

    3. Carrière littéraire

    Sa carrière sera jalonnée de multiples scandales En 1968, il reçoit un prix d'Etat autrichien de littérature, aussi rédige-t'-il un discours dans lequel il attaque sans détour, l'Etat, la culture autrichienne et ses autochtones! Les responsables quittent la salle, le public est estomaqué par cette franchise tout bernhardienne faisant déclarer à l'écrivain "Nous autrichiens sommes apathiques..."!
    Bernhard commence à écrire des romans puis se concentre assez rapidement sur le théâtre. Il jouit d'un grand succès et reçoit en 1970 le prix Georg Büchner, la plus importante récompense littéraire de la R.F.A.
    Il réalise une série de romans autobiographiques : "Origine, Cave, Souffle, Froid, Un Enfant".
    En 1975, éclate un nouveau scandale : "Le Président,", pièce jouée à Stuttgart après avoir été donnée en Autriche voit sa première se dérouler le jour du procès de la faction de l'armée rouge. Un acteur déclare "On en finira rapidement avec les anarchistes sans autre forme de procès" posant ces derniers comme des victimes de la société bourgeoise, théorie pour le moins osée, courageuse et subversive de la part de notre infatigable auteur...
    Nouveau scandale en 1977 à l'occasion de la tenue d' "Avant la retraite" dans laquelle l' écrivain dresse le portrait d'un juge allemand célébrant en cachette l'anniversaire de Himmler (A L'ATTENTION DE MES CAMARADES QUE JE N'AI PAS OSE HUER POUR NE PAS CONNAITRE CE NOM SINISTRE LA SEMAINE DERNIERE : HIMMLER ETAIT LE CHEF DE LA GESTAPO PERSECUTANT EN OUTRE LES OPPOSANTS AU NAZISME ET ORGANISANT LES CAMPS DE CONCENTRATION. SA FILLE SOUTIENT ACTUELLEMENT LES RESPONSABLES NAZIS ENCORE VIVANTS SUR LES PLANS MATERIELS ET FINANCIERS, LES PROTEGEANT DES PROCES AUXQUELS CHERCHENT A LES CONFRONTER LES FAMILLES JUIVES OEUVRANT ESSENTIELLEMENT POUR QUE LES CRIMES NAZIS NE TOMBENT PAS DANS L'OUBLI! à bon entendeur!) Les nombreux dignitaires présents lors de la représentation comprennent d'eux-mêmes qu'il leur est préférable de sortir de la salle car ces derniers se sentent naturellement visés.
    "La place des Héros" fait référence quant à elle à l' Anschluss, place que laquelle Hitler vomissait ses discours abjects et qu'acclamait une foule inconsciente et coupable. B. fustige la société autrichienne, hypocrite en affirmant que rien n'a changé et qu'" il y a aujourd'hui plus de nazis qu'à Vienne en 1938" (dommage que B. ne soit plus de ce monde, Jörg Haïder aurait pris de bonnes raclées...) en mettant en scène des juifs vivant dans la hantise des clameurs haineuses et irrationnelles.

    4.Le théâtre bernhardien

    Trois mois après la première, T.B. meurt. A son enterrement n'assistent que trois membres de sa famille, les services autrichiens ayant pris soin d'annoncer sa mort une fois les funérailles terminées. Aucun hommage public et perfidie de l'Etat Autrichien mais anticipée et devancée par la décision prise par le sulfureux auteur d'interdir durant les 50 années succédant son décès"quelle que soit la forme de l'état autrichien" de la diffusion et de la représentation de ses oeuvres. Interdiction qu'enfreindront sans scrupules ses légataires légitimes en raison de considérations pécunières.

    T.B. demeure l'auteur de 250 articles, de 5 recueils de poèsie, de 23 textes en prose et de 18 piècse de théâtre.

    II. L'oeuvre

    1.La vérité n'existe pas

    Un style étonnant dans lequel la pensée est toujours ouverte et qui se dvp selon une infinité de possibilité. S'exerce une opération de correction progressives de ce qui est dit. T.B. ne cesse de se contredire, de se dédire et nie continuellement la crédibilité de son propre discours. Pour lui, le monde ne contient aucune vérité et le langage ne vise en aucun cas à décrire une réalité: côté baroque de l'auteur pour lequel le monde est un théâtre. Cet aspect est cependant récurrent dans la littérature autrichienne. Du reste cette idée est de surcroît héritée de son g.-père cherchant à percer à jour la surface des choses. Il n'y a de fait ni métaphores ni comparaisons ainsi qu'il en était chez Kafka dont la méfiance exercée à l'encontre de ces images en justifie la pauvreté. La pensée est tendue vers l'extrême de ses possibilités pouvant aboutir à la folie. Pour B., la littérature constitue l'unique condition de Salut et de sens.

    2.Langage et ressassement.

    Dans l'un des cinq récits autobiographiques, "L'enfant", B. raconte que son grand-père est à l'origine de son apprentissage du langage. La mythologie bernhardienne déclare que "grand-père" serait le premier mot prononcé par le jeune enfant. Sa vocation trouve son ancrage à partir de la carrière du g.-père ayant pourtant échouée. Ce dernier lui a toutes fois légué sa machine à écrire sur laquelle l' écrivain réalisé toutes ses oeuvres. La REPETITION, le RESSASSEMENT des MEMES THEMES, FORMULES ne s'expriment pas par jeu tel que la pratiqua les artistes français dans un but à la fois ludique et expérimental. L'écriture de B. ne s'appuie nullement sur le plaisir de jouer avec les mots, le langage s'apparentant pour lui à UNE MACHINE EXCAVATRICE dont la fonction vise à "fouiller" sous la réalité des choses, l'écriture bernhardienne pourrait être comparée à un marteau-piqueur. Le mouvement est répétitif, le langage cogne véritablement dans l'esprit "envahit celui-ci martelant insensiblement ses mots. Peu d'anaphores ou de métaphores, l'écriture est portée par un lexique simple voire pauvre exprimant sa méfiance vis-à-vis du langage et de ses ornements et notamment à l'égard du langage commun usité par tous. L'exagération est une caractéristique du style bernhardien. La musicalité du texte invite le lecteur à lire à voix haute, la langue est faite pour être entendue. Les thèmes développés par l'auteur reviennent régulièrement et finissent par s'enchevêtrer apparentant ainsi le récit à une sonate ou une fugue. Le langage dramatique est de fait l'instrument de prédilection de l'écrivain autrichien. Il est nécessaire de se laisser envahir et emporter par le sens obsédant dont la compréhension intellectuelle ne peut-être immédiate chez Bernhard. Le lecteur devient le jouet de ce dernier et voit s'effriter ses propres convictions. T.B. parvient à gagner notre adhésion par "essoufflement", les phrases sont en effet particulièrement longues et n'offrent aucune pause nécessaire à la réflexion aussi un récit comme "Le froid" laisse-t-il croire le lecteur à la théorie de la fréquence des suicides survenant le Samedi, cette affirmation totalement erronée finit néanmoins par être souscrite par le lecteur-spectateur. Ce système rhétorique s'inspire des discours nazis.

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