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    [CM8] L'usage du comique dans La Valse aux adieux et Le Tambour (BRUT)

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    Albany
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    [CM8] L'usage du comique dans La Valse aux adieux et Le Tambour (BRUT)

    Message  Albany le Mar 01 Avr 2008, 9:27 am

    On a deux auteurs de la tradition fantaisiste. Rabelais et Cervantès. Tradition du roman du divertissement mais aussi celle du roman de l'amour. Ce sont avec Rabelais et Cervantès des auteurs qui cherchaient à faire rire et amuser le lecteur avec toute la gamme possible du comique. Rire grave, plaisanterie, rire profond...
    « Le roman est né non pas de l'esprit théorique mais de l'esprit de l'humour ». Chez ces deux auteurs on trouve un déployement de toutes les formes du comique. C'est l'humour, mais aussi la parodie, le grotesque, le sarcasme, la farce, l'ironie, la carricature. Gamme est très large et le recours à toutes ces formes de comique permet de dire le monde par une autre manière que la veine du réalisme.
    Le comique permet de décrire un monde même noir et grave. Mais evolution. Rabelais, intrigue légère et drôle au même titre que la narration qui en rendait compte.
    Au 20e siècle le fossé se creuse entre narration souriant et enjeux terribles. « Pour Rabelais la gaieté et le comique ne faisait encore qu'un. » La légerété et de l'autre coté la gravité du monde. Comment interpreter ce lien entre légéreté et gravité?
    Comment lier cela au tragique, peut-on encore parler de représentation tragique du monde dans ces conditions? Est-ce que la légereté est le contre-point d'un tragique existant toujours ou montre-t-elle que le tragique n'est plus?

    Présentation comique d'un monde noir
    Au 20e siècle, l'humour est une arme essentielle qui permet de bien parler de la réalité. Déclaration d'un romancier italien, Italo Calvino « trouver des equivalents dans d'autres univers, trouver l'équivalent comique est la seule façon de parler du monde qui nous entoure ». Pour Calvino le comique permet de dire le monde au plus proche de sa réalité.
    Cette légerétè est permise par les deux narrateurs. On a dans ces deux romans un décalage surprenant entre ce qui nous est raconté et la manière dont ça nous est raconté. « Unir extreme gravité de la question et extrême legereté de la forme, c'est mon ambition depuis toujours ». On a une legereté admirable du narrateur qui joue complètement avec ses personnages. Cette légereté contribue à créer une intrigue où le lien entre le cause et son effet n'apparaît pas clairement au lecteur. Tout arrive de façon hasardeuse, sorte de jeu où le narrateur s'amuse à être imprévisible et à tromper son lecteur.
    Chez Grass, Oscar s'amuse à perdre le lecteur. Oscar refuse le sérieux du réalisme. Sa narration présente un recours au rire, au blasphème, au sarcasme, qui n'épargne personne et pas-même lui-même. Et il sait pratiquer l'auto dérision. Quand ce n'est pas le cas il se ridiculise aussi.
    Dans les cas on ne prend pas les narrateurs des récits au sérieux. Un artificiel, l'autre pas crédible, parce qu'on le sait menteur et perturbé, manipulateur, personnage assez piteux. Cette légereté est donnée entre autres par la narration et par les narrateurs eux-mêmes.

    Egalement, vision non sérieuse de l'histoire. On ne peut pas revenir sur les évènements présentés dans la mesure où ils sont fondés. Dans la manière de traiter c'est très personnel, vision très personnelle de l'histoire. Révéler le grotesque qui se cache sous l'histoire officielle. La chasse aux chiens, grotesque qui se cache sous histoire officielle. Episode de la tribune.
    GG va beaucoup plus loin que Kundera dans la déformation du monde. Propre de l'oeuvre de GG, la carricature. Immense farce dénuée de logique. Conte de fée qui se transforme en cauchemar. L'histoire est présente mais transformée. Recours au monde baroque. Hystérie à l'oubli. Kundera va moins loin. Moins de carricature, moins de sarcasme, mais plus d'ironie. C'est plus subtil, plus discret. Effectivement si on compare les moyens on voit des différences. Recours à la légereté ais differente.

    Chez GG on a vraiment un recours à toutes les nuances du comique. On essaie de faire face au bavardage et au verbiage des nazis grâce à un récit chatoyant et coloré, qui place le discours politique en échec face à la richesse de la langue proposée. Langue sans cesse en mouvement. Chez GG il ya deux procédés importants, le collage et le catalogue. Accumuler mots et phrases pour créer un effet catalogue dans lequel tout est mélé et ramené sur le même plan. Plus de diférences entre les choses. Grand mélange qui brouille tous les repères.
    Grande fête de la langue qui apparaît comme libérée des conventions et des restrictions normalement imposées par l'histoire et par l'idéologie. C'est comme ça que GG fonctionne pour proposer une sorte de légereté. On a beaucoup moins d'exhuberance chez Kundera.
    Le style est plus limpide et visible. Mais lecture qui cache failles et ambiguités. Rien de baroque dans la narration de Kundera. Equilibre mais qui masque des gouffres de non-dit. Complexité cachée. Même si on plonge dans les personnages ils restent énigmatiques et mystérieux. Quelque chose de plus mesuré. Arme essentielle est l'ironie. L'ironie est l'outil comique principal de Kundera. C'est grâce à elle qu'il construit ses romans. C'est pour lui une valeur maîtresse parce qu'elle est le signe d'une absence de sens du monde. Pluralité de vérités, pas une seule vérité. Il dit que l'art romanesque est un art ironique, parce que la vérité du roman reste toujours cachée, elle n'est pas vraiment prononcée et reste au final informulable. Rapprocher ironie de l'absence de vérité unique.
    Effectivement on avance très vite mais plus on avance plus le monde apparaît incertain et moins stable, moins posé, parce que l'ironie vient remettre en cause tout ce qui semblait acquis ou évident. On a donc un monde aux multiples facettes comiques. Plutôt l'outrance chez GG plutôt l'ironie chez Kundera.

    Maintenant, voir comment s'articule l'extrême gravité de la question de l'autre l'extrême légereté de la forme. Quelle signification.

    Signification de cette union
    On voit que nos auteurs veulent transformer la gravité en farce. Montrer le grotesque sous l'histoire officielle. Débarrasser l'histoire de son sérieux. Réduire l'histoire à une farce. On est loin du sérieux et de l'objectivité de l'historien. On détourne l'histoire. Détournement de manière parodique, quand Skreta et Jakub discutent dans le cabinet de gynécologie. Ici il y a vraiment détournement parodique sans gravité. Ce détournement de l'histoire en farce, signifie?
    Il est la pour montrer une dégénerescence des comportements humains dans ces systèmes totalitaires. Cette dégradation en farce cache une dénonciation par l'art, par le rire, de certaines idéologies.

    On a aussi dans cette dégradation la volonté de présenter un homme pris au piège de l'histoire. L'histoire apparaît sous un genre comique mais ça ne veut pas dire qu'il est possible d'échapper aux évènements. Personnages impuissants pris au piège d'une histoire qui les enferme et les rend malheureux. On avait parlé de l'enchaînement mécanique des faits. Les personnages ne maîtrisent rien.
    Chez GG, on a aussi un enchaînement des évènements sans que les hommes puissent y faire quelque chose. L'acte de la tribune n'empêche rien. On a enchaînement implacable. Dans foi espe amour les bottes des nazis envahissent complétement le territoire. Sorte de fatalité, de catastrophe inévitable contre laquelle personne ne peut lutter.

    Donc ne signifie pas évincement de la gravité. N'efface pas ce qui est noir et terrible. Au contraire le ton comique renforce cette gravité du monde, révèle un véritable déréglement du monde. La légéreté est aussi là comme révélation d'une gravité. Le rire que ces livres provoquent n'est pas léger. Il est chargé de sous-entendus terribles. Il s'agit bien de mettre en lumière des évènements très sombres de l'histoire.
    GG parle du comique : « l'humour est pour moi un autre nom du désespoir ». C'est un révélateur de desespoir, pas léger. Une des grandes qualité de l'humour c'est qu'il peut être grave, profond et philosophique. Gamme qui va de la légereté à la douleur.
    Kundera y revient lui aussi. Le comique peut être quelque chose de terrible parce qu'il ouvre un abyme. La tradition française de séparer comédie et tragédie est articiel pour lui. On a finalement les deux ensemble. Il dit dans un entretien « le comique ne rend pas une situation plus agréable » « c'est ouvrir un abyme ». Ionesco, cité par Kundera disait que peu de choses séparaient l'horrible du comique. Tout ça montre bien que le comique peut être grave ou cruel. Il est là aussi pour révéler une menace. Chez GG on a vraiment cette révélation de la menace nazie qui est révélée à travers une narration légère. Une des grandes traditions est de renverser la menace pour la rendre comique.
    On nous dit que GG est une littérature qui fait danser le squelette. On fait danser la mort. Chez GG on va encor eplus loin ; prendre un tel plaisir à manier la langue c'est aussi révéler l'angoisse de son opposé, l'angoisse du silence et du mutisme. Lutter contre le silence parce que le silence représente l'angoisse. Le plaisir de la parole se fonde sur une peur profonde, chez Grass. Parler en tout sens c'est bien s'opposer au silence qui révèle symboliquement la mort.
    Celui qui parle n'est pas mort. Idée de lutter par l'humour contre la finitude, la mort, le mal.

    Quand on parle de gravité on ne parle pas de tragique. Le tragique est une notion plus profonde. On peut trouver du tragique dans le roman. C'est sur ce lien que pointe la différence entre les deux auteurs. Chez GG la légereté n'efface pas le tragique puisqu'il existe dans le monde moderne. « La tragédie personnelle ou collective se mele à la farce ». La legereté éclaire et souligne ce coté tragique de l'existence. Chez Kundera, pas de tragique possible parce que le tragique n'existe plus dans le monde moderne.
    L'homme est privé du droit au tragique et à sa consolation qu'il apporte. art du roman « Le comique ne représente pas un contre-point du tragique, il n'est pas là pour rendre le tragique plus supportable, il n'accompagne pas le tragique, il le détruit dans l'oeuf ». Le tragique n'existe alors plus chez Kundera, contrairement à chez GG où le tragique accompagne la légereté. Héritage du baroque. Héritage baroque au 20e siècle chez GG, mélange. Chez Kundera le tragique est pulverisé.
    Le comique se révèle donc plus cruel chez Kundera. Plus de consolation pour l'homme, le rire montre l'insignifiance de tout. La mort a une signification différente dans les deux textes. On a quand même une sensation de gravité chez GG avec les morts. Alors que chez Kundera la mort n'a rien de tragique, elle est insignifiante. On l'oublie très vite. Même dans la narration.
    La légereté est donc plus redoutable chez Kundera que chez GG. C'est écrit au dos de la valse aux adieux.

    Dégradation de la gravité en légereté mais pour révéler toute cette gravité du monde. La différence est donc celle de l'acceptation ou non du tragique, de sa reconnaissance ou pas. Pour l'un il existe, pour l'autre non.

    Mais un point les relie : si GG accepte le tragique, en revanche tout deux refusent la grandiloquence que permet le tragique, qu'on trouve chez Dostoëvski par exemple, quelque chose d'épique dans le tragique. Disons que le registre tragique est complétement refusé chez les deux auteurs. Grass croit au tragique mais il ne le laisse pas se répandre dans l'oeuvre en toute liberté.
    Refus du mélodrame et du lyrisme facile. Pose problème dans les deux textes. Chez GG, le détournement en farce montre bien qu'on refuse le mélodrame, certes la mort est tragique mais on ne la présente pas ainsi. Pas plus d'atermoiement chez l'un que chez le'autre. Personnages solitaires et isolés. Chez GG, Oscar a quelques amis, mais reste seul pour l'essentiel. Son seul véritable allié c'est le tambour. Quelque part il se libère toujours par le jeu et l'instrument. Pouvoir consolateur qui lui évite de tomber dans les atermoiements dans sa narration. Par le jeu de tambour, libération, et donc pas avec les mots.
    Exhuberance de la langue qui évite de sombrer dans le desespoir. Donc jeu de tambour qui empêche de sombrer dans le mélodrame.

    Il y aussi le recours au picaresque. Qui évite tout fantasme de grandeur. C'est quelque chose de comique, vision dégradée du monde, « absence de toute vision héroïque du monde ». Si on a dans le tambour une forme d'épopée, elle est seulement comique. Epopée comique : plus de grandeur, plus de drame. Donc si le tragique existe encoire chez GG il en refuse les effets qu'on pouvait trouver chez Dostov par exemple. Oscar n'arrive jamais à sz racheter. Refus grandeur, lyrisme, tout ça.
    Chez GG on a un lyrisme mais il est subtil. Il peut jaillir au détour d'une phrase, mais il est sans lourdeur et sans insistance. D'autant plus pertinent qu'il effleure à peine la narration et qui repart aussi vite qu'il est venu. Mais pas de lourdeur mélodramatique.
    Sorte de mesure du lyrisme. Chez Kundera ce refus du tragique, du lyrisme, intervient à travers le kitsch. Des personnages s'illusionnent, s'enfoncent, se protègent dans un monde artificiel pour oublier la douleur et la mort, mais c'est une illusion. Kundera a horreur du lyrisme gratuit, facile, et de l'illusion romantique. Il refuse qu'on se voile la face, mais ses personnages le font de temps en temps.
    Ils se réfugient dans une forme de mélodrame pour donner un sens à leur vie. Soit on la refuse complétement.

    Le narrateur ou l'auteur. Même si pas de jugement, l'intrigue finit par leur donner tort, par les contredire. Exemple de ruzena qui rêve d'un monde idéalisé. Finalement c'est Bertlef qui l'amène à une sorte de révélation. L'intrigue est ironique est c'est au moment où elle croît s'en sortir qu'elle meurt. Bertlef est très théâtral, construit sa vie en pièce tragique.

    Pour finir, le couple Klima et Kamila. Ils sont problématiques. Ils disent s'aimer mais on se rend compte qu'ils sont un peu SM, ils aiment se repaître de la douleur de l'autre. Kamila a un coté très doloriste, qui attire son mari. Volonté de faire mal à l'autre et de se faire mal à soi-même. Kamila a un vrai goût pour sa propre douleur.
    Cherche à trouver du tragique où il n'y en a pas. Kamila renvoie personnage de tragédie. L'auteur ne juge pas mais l'intrigue se révèle ironqiue. Au dernier moment le personnage évolue. Elle comprend que son mariage est voué à l'échec. Elle abandonne son registre de mélodrame et elle devient lucide et ironiquement elle met fin à leur couple alors que Klima pensait que tout était sauvé.

    Legereté thème essentiel. Concept chez Kundera. « L'insoutenable légereté de l'être ». Légereté qui va avec la gravité. Légereté qui signifie qu'on refuse de lire le monde sous l'angle tragique. Chez GG le tragique existe, mais pas de registre tragique. Tous deux refusent d'écrire des tragédies et refusent de faire des oeuvres trop lyriques, faussement lyriques. Voies à l'opposé des grands romanciers tragiques comme Dostov.

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