Forum des étudiants de lettres de l'UB

Forum des étudiants de lettres de l'UB

Forum des étudiants de Lettres de l'UB_Discussion, échanges, entraide et partage de cours en ligne


    [CM7] La philosophie dans La Valse aux adieux [BRUT]

    Partagez
    avatar
    Albany
    Etudiant ayant partagé ses cours
    Etudiant ayant partagé ses cours

    Messages : 21
    Date d'inscription : 31/03/2008
    Age : 31
    Localisation : Paris / Dijon

    [CM7] La philosophie dans La Valse aux adieux [BRUT]

    Message  Albany le Mar 01 Avr 2008, 9:26 am

    La philosophie dans le roman
    Table des matières
    Elle n'est pas là pour elle même. Il n'y a pas de théorie pure et gratique. La philosophie permet la convocation de questions majeures sur l'homme. On parlera de la vie, de la naissance, de la mort, de la culpabilité.

    La vision philosophique de Kundera
    Kundera part toujours de motivations anecdotiques pour les ériger ensuite en grands thèmes anthropologiques. C'est bien la situation du personnage qui est première et qui fournit le point de départ à une réflexion plus générale dans le texte. C'est Bertlef qui évoque la paternité de Klima et c'est le point de départ d'une réflexion sur la naissance.
    On peut dire que les anecdotes des personnages sont le signes de problèmes intellectuels. On part d'une intrigue quotidienne qui est du coup constamment exposée à tout une salve de réflexion. Jakub et Bertlef sont ceux qui méditent le plus dans le roman. Les reflexios proposées sont le plus souvent des interpretations originales, nouvelles, inattendues, qui vont donner au récit un sens plus profond. Par exemple, Kundera reprend beaucoup de topoï de la littérature qui sont en général issus de la Bible ou de la mythologie.
    La question d'Erode et du massacre des innocents, Jakub en parle, il donne à cet épisode un éclairage nouveau et inattendu, une intérpretation très originale. Le fait de passer du cas particulier à des réflexions d'ordre général fait des récits, des romans de Kundera, une sorte de métaphore de l'être. C'est l'expression d'un critique. Effectivement ce qui l'intéresse c'est de comprendre l'essence des situations.
    On peut dire que chez Kundera on part de l'existence pour aller vers l'essence. On appellerait ça un roman par induction. Donc, il y a bien chez Kundera un refus des idées pour elles-mêmes, un refus de la philosophie gratuite. Dans l'art du roman, quand il définit le mot idée « dégout de ceux qui réduisent leur oeuvre à une idée ». Dégoût pour l'idée gratuite et choix de l'oeuvre elle-même avec sa fiction. Dégout, horreur, désespoir.
    La citation dit que la pratique romanesque, imaginative, prime sur une théorie jugée trop sèche et trop aride. Cette pratique privilégie une réflexion toujours centrée sur des situations précises, elle cherche aussi à faire de l'espacde créatif un lieu d'où toutes les reflexios vont pouvoir immerger. Toutes les opinions ont le droit de cité dans le roman. C'était le deuxième point.

    Polyfocalisation et absence de vérité. Le roman est une forme artistique indépendante qui ne vient jamais illustrer une thèse unique mais uqi privilégie la pluralité des points de vues. Le but est de se laisser par la logique de chaque personnage, différente de celle des autres. Seule cette pluralité des points de vue va permettre de découvrir de nouveaux aspects de l'existence.
    Kundera déclare « dévoilement progressif de nouveeaux aspects de l'existence ». L'objectif n'est pas de réveler une vérité, mais d'en montrer une plurielle et éclatée.
    C'est aussi le problème, ils ont tendance à considérer leurs points de vue comme la vérité unique du monde. Ils sont un peu limités et bornés, ce qui n'est pas le cas du roman lui-même. Il ne tranche pas en faveur de l'un ou de l'autre.

    Cette structure est le signe d'une vraie sagesse. On pourrait l'appeller sagesse de l'incertitude. Celui qui sait que la vérité n'est pas accessible. Pour Kundera, cette sagesse était le propre de Cervantés. Il se réfère donc à un de ses grands-maîtres. De cette manière il se désigne comme un héritier qui reprend ses enseignements de la renaissance. Ce qui l'intéresse, ce n'est pas de dévoiler une quelconque vérité uinaccessible, mais de s'interroger devant l'être.
    On a un auteur qui s'étonne devant l'incertitude du moi. Il n'y a pas de vérité car il n'y a pas de stabilité de l'être. Impression de mobilité toujours constante, qui l'emporte sur toute vérité, qui la rend impossible et inacessible. Cette grande relativité, elle nous amène à un dernier point :

    Quel sens donner au monde et à l'homme? rapport homme histoire dieu.
    Evidemment une telle sagesse de l'incertitude nous conduit à nous interroger sur le sens du monde dans lequel vit l'homme, à se demander s'il a encore un sens. Aucun sens ne se dégage du roman. Kundera se situe dans cette branche du roman fantaisiste. Pour lui, l'intérêt c'est aussi de refuser toute vérité métaphysique. Monde dépourvu de sens bien précis. Chez Kundera, nos personnages souffrent bien de l'absence d'un sens à valeur universelle. Il n'y a plus de transcendance.
    Dieu est mort. Jakub par exemple n'y croit pas. Pas de sens supérieur ni dans l'histoire ni dans la religion. Elle ne lui fournit même plus de repères stables. L'histoire est ironique, on l'a vu, elle renverse certitudes et positions. Il n'y a plus d'ordre stable. Donc, on a un homme qui n'a plus rien au-dessus de-lui, ni histoire ni dieu.
    L'homme a t-il encore une place sur terre? Mérite t-il d'y vivre? De manière ironique et parodique, Kundera s'en prend ici à un postulat qui nous vient de la Bible, qui est que l'homme est supérieur à toutes les autres créatures. Suprématie de l'homme sur toutes les autres espèces. Ici, Kundera raille ce grand principe et montre que l'homme n'est pas au dessus. il montre meme sa dégeneréscence. Les choses ne s'arrangent pas et deviennent plus risibles et dégradées.
    Donc l'homme semble complétement perdu sur la Terre, dans l'Univers, les hommes sont comme des bulles isolées, chacun est renvoyé à sa propre solitude. Plus de sens au monde, plus de lien qui les unit les uns aux autres. Les rapports individuels sont faussés, basés sur malentendus et erreurs.
    l'homme lui-même ne semble plus coïncider avec ses propres actes. L'action humaine semble injustifiée et infondée. Dans la Valse aux adieux on a dit que les actions s'enchainaient mécaniquement. L'homme n'a plus de rôle à jouer dans cette mécanique, quelque chose lui échappe complétement. Il n'y a pas de volonté nette et franche. Une fois qu'il a réalisé cette action (Jakub) il ne veut que l'interrompre, sans jamais y parvenir.
    Tout s'enchaine sans pouvoir ne rien n'y faire. Donc, euh, le recours à la philosophie se fait toujours par le concret et en vient à nous parler de la place de l'homme dans le monde, de ses rapports, etc.
    Thèmes majeurs
    Vie/mort
    On a avec la VAD, un roman de la vie et de la mort. Mais ce qui est intéressant c'est que ces grands thèmes universels sont traités de manière ironique, ce qui les dépouille de leur solennité. D'abord, le rapport entre la vie et la mort elle-même. Vie/mort, notions opposés, ici rapprochées et concentrées autour du personnage de Ruzena. C'est elle qui les rapproche dans le roman.
    Elle est prête à donner la vie. C'est celle qui porte la vie et qui va mourir. Ironie du romancier qui sacrifie par son intrigue son personnage porteur de vie. On peut se demander si l'intrigue donne raison à Jakub. Est-ce que cela signifie qu'il ne faut plus procréer etc blabla? En tout cas l'auteur s'amuse à rendre vrai certaines propositions des personnages, même si elles sont effarantes. Jakub en vient à dire qu'il ne faut plus procréer, débarasser la terre de l'homme.
    Ironiquement, l'auteur le rend un peu responsable de cette conception à son échelle. C'est lui qui tue Ruzena, et ironiquement Jakub devient un peu cet Hérode dont il nous parle dans le roman. Jakub met en pratique ses idées. Mais sans le savoir forcément. Lui-même n'est pas père, mais en plus il élimine les futurs enfants. Il y a une sorte de pirouette qui part son intrigue met clairement en scène les grandes théories de ses personnages. Il y a une part de jeu là-dedans.
    C'est surtout le rapport entre la vie et la mort.

    La naissance
    La félure qui se met en place avec Skreta entre l'érotisme et la procréation est intéressante. La conceptino des enfants apparaît comme séparée de toute relation sexuelle. On a l'impression qu'il y a d'un coté l'amour et l'érotisme et de l'autre coté l'amour et la procréation. Pour Kundera c'est une manière de dégrader des grands mythes de nos sociétés. Ces grands-thèmes sont renvoyés ici au comique. On voit que la paternité avec Skreta est réduite à une manipulation avec des seringues et des tubes à essai. La procréation se détache de l'amour et de l'érotisme.
    Pour l'amour, on voit que le couple qui va avoir un enfant est un faux couple en réalité. L'ironie c'est que Klima soit sur le point d'avoir un enfant avec Ruzena, une seule nuit, et qu'il n'en a pas avec sa femme alors qu'il est avec elle depuis 6 ans. Mais il ne le veut pas. Par amour égoïste pour sa femme. On voit que ça sépare l'amour sentiment de la procréation. Elle ne sera plus le fait de l'amour mais simplement le fait de la science.
    Donc, détachement surtout avec l'érotisme. Grâce à l'intervention de Skreta qui a des enfants avec ses patientes par insémination artificielle. Il veut séparer les deux domaines. Procréation à distance, plus de contact.
    La procréation devient un acte bien peu humain et dénué de toute affection possible. On peut penser qu'il y a au moins eu du plaisir. Ici la procréation est devenue saugrenue avec la multiplication des petits Skreta. Le fait de mettre au monde est ici complétement démythifié, comme si l'amour ne pouvait plus ou voulait plus avoir d'enfants.
    Ironie de l'intrigue. Ruzena est le seul personnage enceinte et travaille dans un centre de femmes stériles. Dans ces couples où il y a de l'amour il n'y a plus d'enfants. Sorte d'ironie du sort dans le roman. Avec ce personnage de Skreta, l'affiliation elle-même devient bien ironique. Avoir un enfant, c'est devient quelque chose de controlé et de prémédité. Skreta rêve d'un monde où tous les hommes seraient frères, au sens biologique.
    Jakub parle du rêve d'eugénisme du docteur. C'est page 287. Cette filiation chez Skreta a finalement dans le roman un coté plus comique que dangereux. Il parle d'eugénisme, mais Skreta est un rêveur, qui se juge d'être digne d'être le père de l'espèce humaine. Mégalomanie du personnage totalement utopique, personnage farfelu et rêveur, pas dangereux.
    Cela rappelle aussi les déviances eugéniques des régimes totalitaires. Ici c'est parodié et devient comique.
    Filiation finalement ironique et qui paraît suspecte dans la ville d'eaux. On a une sorte de jeu de déchiffrement, se demander si l'enfant est bien le fils de ses parents etc. L4enfant de Bertlef est caractéristique. C'est au final le fils de Skreta, mais Bertlef ne le soupçonne pas. Pas plus que sa femme.
    On a une situation très cocasse à la fin du roman, quand Bertlef vient chercher sa femme. On a une sorte de famille recomposée. Bertlef accompagné de son faux fils, Skreta qui devient le fils adoptif de Bertlef. On se retrouve avec un Skreta et un fils de Bertlef qui sont à la fois père et fils et frères. Moquerie des liens familiaux qui sont absurdes et improbables ici.

    Kundera s'en prend finalement à un dernier grand mythe, celui de la paternité, de la famille, dont on se moque.
    Si Kundera recourt à ces grands thèmes que sont la naissance, la vie, la mort, c'est justement pour s'opposer aux clichés qu'ils sont devfenus, s'en prendre à des fonctions apparaissant sacrées, les ironiser, les dégrader et les mettre à mal.

    La culpabilité
    On a un roman du refus de la culpabilité. Il est normal de parler de culpabilité quand on a mort et meurtre. Or, elle est exclue du roman de Kundera, d'où la confrontation avec le roman de GG. Oscar apparaît comme un personnage marqué par la faute et rongé par la culpabilité, avec des fautes privées, intimes, et plus collectives. Chez Kundera ils ne sont pas rattrapés par la faute ou rongés par la culpabilité.
    Autour de ce pseudo meurtre, les personnages n'éprouvent ni terreur ni remords. Il n'y a plus de mauvaise conscience des personnages. Kundera contrairement à GG nous parle de la faute mais dans son absence. Chez Kundera, il y a élimination de la faute et du remords pour ne laisser qu'un crime sans coupable. Il n'y aura pas d'enquête, on ne cherchera pas de coupable.
    C'est bien le signe de manière collective que la société efface toute forme de culpabilité et de remords.
    Quand GG convoquait la culpabilité, c'était pour des raisons d'ordre idéologiques et politiques, pousser le peuple au deuil. Une des grandes différences, c'est que Kundera refuse de donner des instructions au peuple. Il écrit simplement pour faire exister des situations par sa fiction. Rapport diférent entre oeuvre et idéologie chez les deux romanciers.
    GG s'engage idéologiquement, contrairement à Kundera, dans ses romans s'entend. GG pense clairement qu'on peut faire intervenir une forme de réflexion politique à l'intérieur d'une oeuvre romanesque, sans éliminer le caractère littéraire.
    Si Kundera refuse la culpabilité, c'est aussi d'un point de vue littéraire le refus du tragique.

    Faute et remord amène tragique dans l'oeuvre. Comme Kundera ne veut pas faire un mélodrame, il évite soigneusement tous ces thèmes de la culpabilité. De cette manière les évènements glissent sur les personnages sans créer de traces ou de souvenirs. Dans la dernière scène, Bertlef est censé être attristé, mais il oublie cela extrêmement vite.
    Le personnage de Frantisciek est le seul qui se sente coupable, d'avoir porter au suicide Ruzena. Il porte faute et remords. Mais on voit qu'elle est infondée. Il n'est en rien responsable. La culpabilité qui touche le seul personnage non-coupable est vidée de son sens et de sa signification. Et surtout, elle se limite à une intervention du narrateur.
    A la page 300, métalepse du narrateur « mon pauvre F tu erreras toute ta vie » etc etc. Ton grandiloquent et tout à fait inhabituel. Cela sonne un peu faux. Et cette métalepse est là pour régler son compte à Frantiscek. Le personnage sort complétement de l'intrigue et on ne le verra plus. Son avenir nous est donné en cinq lignes.
    Le seul personnage qui porte une forme de culpabilité est évincé du récit. Symboliquement, cela signifie le refus de la culpabilité. Les personnages de ce type n'ont plus leur place dans un tel récit. Roman du refus de la culpabilité.

    Pour conclure.
    On voit bien maintenant la manière dont philosophie et art romanesque s'unissent dans la valse aux adieux. Art relativement ocnceptuel mais rattaché à des situations quotidiennes. Il est important de voir que la philosophie est centrée sur du romanesque, mais aussi toujours liée à de l'ironie, sorte de jeu comique toujours rattaché.
    Première raison : déjour les grands mythes de l'histoire, paternité, fraternité, naissance etc et deuxieme raison pour éviter tout grandiloquent, tout tragique.
    L'ironie est donc la notion reine du roman, c'est par son maniement subtil que le romancier nous montre que le comique peut toucher n'importe quel thème ou objet quel que soit leur solennité, quelque soit le sérieux avec lequel ils étaient traités. En ce sens Kundera se révèle bien le digne successeur de Kafka, qui lui-même déjouait les grands mythes en présentant les choses sous un angle comique. C'est bien ce qu'on retrouve ici avec Kundera.

      La date/heure actuelle est Lun 22 Oct 2018, 1:20 pm