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    [CM5] Le Tambour et ses influences (BRUT)

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    Albany
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    [CM5] Le Tambour et ses influences (BRUT)

    Message  Albany le Mar 01 Avr 2008, 9:23 am

    Roman d'apprentissage et roman picaresque. Influence du baroque, toutes liées vers la fantaisie verbale.
    Lien qu'entretient le roman d GG avec apprentissage initiation et picaresque.
    GG est plus proche de la tradition picaresque que l'apprentissage. Le picaresque se retrouve dans les conceptions mêmes du roman de GG, et dans sa manière d'écrire. De quelle manière l'influence picaresque sert-elle la fantaisie du tambour, resurgence verbale et baroque.

    Influence du roman d'apprentissage
    Il a un terme en allemand : bildungsroman. Qu'est-ce? Le roman d'apprentissage est un type de roman centré sur un personnage dont on suit le parcours tout au long du livre. Le roman d'apprentissage nous montre l'évolution d'un personnage, ce qui est intéressant c'est le passage de l'ignorance du personnage à la connaissance du monde qu'il acquiert. Le grand modèle vient de Goethe au 18e avec « Les années d'apprentissage de Wilhelm meister ». C'est un jeune marchand qui se croit vocation d'auteur, il s'engage dans une troupe et découvre le monde. Roman de formation.
    On retrouve le roman d'apprentissage chez Balzac et Stendhal au 19e.
    Le roman d'initiation est assez proche. On s'intéresse plus précisement à la psychologie du personnage. Progrès, évolution, qui est plutôt de l'ignorance de soi à la connaissance de soi, c'est une quête de soi. « Les souffrances du jeune Werther » de Goethe : on s'intéresse vraiment à l'intériorité du personnage. Ces romans sont plus introspectifs, mais souvent les romans mêlent les deux approches : quête du monde et quête de soi, notons le parcours de Julien Sorel dans le Rouge et le noir.

    Comment situer le Tambour par rapport à ces deux types? Roman d'apprentissage? On a effectivement la notion de parcours du personnage. Oscar est le point focal, chaque événement lui est rattaché. Pour le biographe de Grass, Oscar franchit bien toutes les étapes d'un voyage initiatique dans un pays qui est pour lui devenu fou. Pour Manoni toujours, c'est un mélange de roman d'initiation, de roman historique, et de roman de réflexion politique (poids culpabilité, insinuation du nazisme).
    Il y aurait donc une part d'initiation. Mais quand est-il de ces notions même d'apprentissage et d'initiation? Simplement par le fait qu'il décide d'arreter de grandir, un problème se pose. Mais sa maturité n'en pâtit pas. Le problème c'est que dès sa naissance Oscar n'évolue pas mentalement. Il le dit lui-même. Naître avec une mentalité d'adulte qui restera la même. P43 : d'emblée ma psychologie était faite, parachevée. Oscar sait tout d'entrée, il naît parfaitement achevé. Pas lieu d'avoir un parcours qui soit un progrès mental.
    Parcours physique effectivement mais qui ne s'accompagne ni d'apprentissage ni d'initiation. GG modifie d'aileurs les thèmes, ce qui l'intéresse ce n'est pas le passage d'ignorance à la connaissance mais de l'ignorance à la culpabilité. C'est donc un parcours vers la culpabilité mais pas vers la connaissance. L'ignorance renvoie à l'innocence alors que la connaissance renvoie à la culpabilité.

    On a un autre type de parcours qui se substitue, plus adapté au monde moderne et qui correspond plus aux conceptions de GG lui-même. C'est la réflexion politique qui infléchit la quête d'apprentissage par des termes novueaux, modification du roman d'apprentissage. Ignorance innocence connaissance culpabilité. Cela signifie perversion ironique du roman d'apprentissage, détournement.
    C'est d'autant plus flagrant que Oscar coupable qui tente d'échapper à la faute et cherche le retour aux origines comme pour se protéger. Il s'agit de revenir en arrière et non pas aller de l'avant. C'est donc un retour en arrière, cela va à l'encontre du roman d'apprentissage. Perversion ironique et du roman d'apprentissage et du roman d'initiation, qui ne permet plus de définir le personnage et son parcours. C'est logique car l'on se trouve dans un monde qui n'a plus de sens ou de direction. L'histoire est folie et le monde est chaos. Pas de direction pour le personnage, il cherche à revenir en arrière pour fuir. « Faux-roman d'apprentissage ». Apparence de structure mais finalement détournée.

    En revanche, ce critique parle d'un succédané de roman picaresque. Cela veut dire qu'il est plus proche certainement du roman picaresque.

    Influence du roman picaresque
    Autant le roman d'apprentissage est d'origine allemande, autant le roman picaresque est espagnol. Il naît au 16e siècle et se rependra dans toute l'Europe. En France, un livre de Leusage « Gilles BLase » au 18e siècle est considéré comme picaresque. Barry Lindon est une reprise de roman picaresque.
    Il s'agit de raconter le parcours d'un personnage, trame identique qu'alors. Mais le personnage est différent. Le picaro est un être socialement bas, le plus souvent un bâtard, qui va tenter de se faire une place dans la société en gravissant les échelons. Des épisodes se succèdent et en général on suit plutôt ses déboires que ses réussites. A la fin, le personnage échoue, et au lieu de s'élever il retombe là où il était parti. C'est un parcours de l'échec, grande différence avec le roman d'apprentissage. Le picaro n'a pas évolué ni psychologiquement ni socialement.
    Une autre différence est le type de narration. Apprentissage narrateur omniscient. Ici, le picaro est en même temps narrateur de ses aventures.
    Enfin, la manière de raconter diffère aussi. Dans le roman d'apprentissage, on nous présente des aventures et des personnages assez nobles, le ton est sérieux et la narration réaliste. A l'inverse, le roman picaresque présente des aventures cocasses et bouffonnes de personnages qui sont le plus souvent menteurs, voleurs, chapardeurs et assez vils, mais aussi drôles. Le narrateur, qui est le picaro, nous raconte ses aventures avec un sourire amusé. On a ni le sérieux ni le réalisme du roman d'apprentissage. C'est beaucoup plus fantaisiste.
    On voit tout de suite que GG est plus proche de cette deuxième veine. Il se détourne de la tradition allemande pour se tourner vers la tradition espagnole, mais c'est un auteur picaresque mais allemand qu'il dit tout devoir. Il s'agit d'un auteur peu connu, Grimmelshausen. Auteur du 17e siècle, allemand, qui écrit sur le modèle picaresque espagnol. Il a écrit un roman que GG adore, en 1668, qui s'apelle « les aventures de Simplicius Simplissimus ».
    Ce roman est un des modèles du tambour, Oscar est une sorte de nouveau Simplicius. Dans le roman de Grimmelshausen, on nous raconte les tribulations comiques et absurdes du personnage à travers un parcours historique sur trente ans. Ici on retrouve les tribulations drôlatiques d'un personnage à travers des faits d'histoire dans Le Tambour. Surtout, il est une forme de picaro moderne.
    On retrouve la marginalité du personnage, qui est ici biologique. Il connaît un parcours fait de multiples aventures et péripéties. Pas d'aventure, apprentissage ou initiation. Oscar connaît des déboires et sa fin est une déchéance. Son parcours reflète plus l'évolution du picaro que celui du roman d'apprentissage.
    Même le type de narration va dans ce sens. On retrouve la narration à la première personne. Tout est donc repris à la structure picaresque plus qu'à celle de l'apprentissage ou de l'initiation. Mais c'est une reprise moderne, il y a des modifications.
    On parlaît d'un bâtard, ici la marginalité n'est que biologique. Quand à la narration, elle est instable. La culpabilité surtout, est omniprésente. Ce qui n'était pas le cas dans le roman picaresque où le personnage est dénué de conscience ou de remords. A l'inverse Oscar est rongé par la culpabilité. L'histoire aussi prend une plus grande place que dans le roman picaresque. Des adaptations sont donc nécessaires. Simplement, au-delà de cela, on voit la grande influence du roman picaresque et du personnage picaresque, et particulièrement du roman de Grimmelshausen.

    Les intérêts sont qu'ils permettent à GG de se détourner du réalisme, qui est quasiment imposé par le roman d'apprentissage. On sait que GG refuse le réalisme, le recours au picaresque lui permet donc d'aller du côté d'un irréalisme comique et grotesque qu'on avait déjà dans le picaresque. Il y a dans la veine picaresque un coté à la fois cocasse et saugrenu qui plaît beaucoup à Grass et qu'il va reprendre dans le tambour.

    Influence des résurgences baroques
    Produire une oeuvre dans le sillon du baroque. Comment ressurgit le baroque dans l'oeuvre de Grass? Et pourquoi?

    Authenticité par le grotesque. Cette authenticité est celle de Rabelais et de Grimmelsausen. Implique que le monde présenté soit déformé, soit rapetissé soit grossi à l'extrême. Contrairement au roman réalisme, ici, tout est déformé, y compris le personnage. Cette déformation du monde fait référence à l'art baroque. C'est en cela qu'on a l'influence du mouvement baroque dans l'art de GG.
    Le mouvement baroque, mouvement artistique du 17e siècle, est à l'époque en concurrence avec le clacissime. L'art baroque revendique la démesure et l'excés. En littérature, cela donne des pièces de Shakespeare, avec beaucoup d'images fortes et excessives. On trouve de l'art baroque dans tous les types d'art. En peinture, toiles très colorées et chargés, jeu sur les drapés. Rubens. Pareil en architecture, bâtiments chargés. L'art baroque est un art de la surcharge volontaire, par opposition à la mesure et à l'équilibre classique. Il y a dans l'art baroque l'idée que ce n'est pas par l'imitation raisonnable du monde qu'on atteint la vérité. Si on peut tenter d'atteindre la vérité du monde, c'est plutôt par l'excès, l'hyperbole et le délire.
    Déformer la réalité est donc nécessaire pour en atteindre une vérité. Ca signifie avoir toujours un point de vue décalé sur le monde. On retrouve tout ça dans le texte de GG. Notamment par le point de vue décalé sur le monde par le biais d'Oscar. Point de vue de biais, décentré. Cela permet de dire le chaos du monde, qui est la vérité du monde moderne.
    Seule une narration décalée et un personnage lui-même décalé peuvent tenter de révéler la vérité du monde. Oscar est une représentation parfaite de l'auteur dans la mesure où il est lui-même un petit personnage baroque qui tente de dire le monde par sa difformité et son décalage.
    Fantaisie verbale, auteur bouffon, écriture exhuberante.

    Pourquoi (2) une telle influence du baroque dans le texte du Blechtrommel? Il y a un article essentiel de Grass qui s'appelle « Mythes et Littérature », au départ un discours prononcé par l'auteur en 1981 en Finlande lors d'une rencontre d'écrivain. Discours reproduit dans un magazine littéraire en 1999. Sur deux pages.
    On sait que si GG recourt à ces moyens c'est parce que le monde lui-même est déformé. Mais encore plus, il nous dit que si la déformation baroque est si importante, c'est parce que la logique rationnelle n'est plus capable de parler du monde.
    Selon GG, la raison est devenue omniprésente dans nos sociétés. On lui a accordé un crédit excessif, au détriment du rêve et de l'imaginaire, méprisés et délaissés. Ce crédit excessif accordé à la raison finit par la vider de son sens. Elle a perdu toute crédibilité au point qu'elle n'est plus capable de dire la vérité du monde. Elle devient insuffisante pour parler du réel.
    Il parle d'une foi excessive en la raison, et il dit que cette foi « dépassait le supportable ». On a trop divisé le monde en deux parties : d'un coté la raison, et de l'autre coté l'irrationnalisme, terme péjoratif et méprisant pour rejeter tout le reste. Pour GG c'est bien un problème car seuls les contes et les légendes sont encore capables de dire le vrai. Il faut donc se pencher sur ce type de récit qui contiennent des vérités éternelles.
    Il faut donc abandonner la voie de la rationnalité pour aller dans la voie de l'étrange et du mythique. On pense bien sûr au chapitre « Foi, Esperance, Amour ». Finalement le conte ouvre des horizons différents et meilleurs que ceux de la logique rationnelle. Ce que réclame GG, c'est le retour à un univers d'images, de signes et de significations. Le Tambour est un roman de signes.
    Pour conclure sur cet article, il faut retenir trois points précis que GG veut voir appliqués à l'art :
    1.Laisser libre cours à l'imagination, qui a été trop bridée
    2.Retourner à une pensée en images et en signes
    3.Raconter la vérité d'une autre manière que par le recours à la raison
    Ces trois préceptes sont essentiels pour réapprendre à bien voir le monde et pouvoir en parler à nouveau, grâce à l'art.

    Conclusion
    On a donc essayé de faire un lien entre picaresque et résurgences baroques. Les deux ne vont pas l'un sans l'autre dans le roman. Ce n'est pas simplement l'un qui est à l'origine de l'autre, les deux s'imbriquent et fusionnent constamment, s'influencent l'un l'autre. Le picaresque permet de donner au roman une veine fantaisiste et grotesque plutôt qu'aller vers le réalisme et l'imitation du réel, mais dans le même temps cette veine fantaisiste qui est mise en scène dans l'oeuvre permet finalement l'influence du picaresque.
    Le picaresque permet la veine fantaisiste. C'est un genre en soi fantaisiste, qui permet donc son développement. On voit en même temps que cette veine fantaisiste n'est permise que par le picaresque. La veine fantaisiste implique donc le recours au picaresque, autant que le picaresque a impliqué son développement. Les deux s'interpénetrent et fusionnent.
    On a une judicieuse déclaration d'un journaliste, Maurice Nadeau, trouvée chez Manioni, « la tragédie personnelle ou collective s'y mèle à la farce et au picaresque dans une composition éminement baroque ». On voit que les dimensions farcesque, fantaisistes et baroques, se mêlent constamment. Elles sont finalement une seule et même chose dans la mesure où elles renvoient toutes trois à l'écriture de GG qui ne conçoit par fantaisie et picaresque sans le baroque. Cela nous donne une esthétique globale très unifiée dans le Tambour où tous ces éléments en jeu s'imbriquent constamment.

      La date/heure actuelle est Lun 22 Oct 2018, 12:50 pm