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    [CM3] L'histoire du roman et positions des auteurs

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    Albany
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    [CM3] L'histoire du roman et positions des auteurs

    Message  Albany le Mar 01 Avr 2008, 9:16 am

    Table des matières
    1 Points d'introduction
    __1.1 Bref historique
    __1.2 Problématique

    2 Situation dans le contexte romanesque contemporain
    __2.1 Le nouveau roman
    ____2.1.1 Présentation
    ____2.1.2 Positions des auteurs
    __2.2 Veines romanesques
    _____2.2.1 Présentation
    _____2.2.2 Positions des auteurs
    __2.3 Le Postmodernisme
    ____2.3.1 Présentation
    ____2.3.2 Positions des auteurs

    1 Points d'introduction


    1.1 Bref historique

    A l'origine, le roman désigne le récit fictif. Contrairement à la poésie et au théâtre, le roman est un genre beaucoup plus récent. La grande différence avec les deux autres genres c'est qu'il n'est pas codifié. La poétique d'Aristote a donné des règles à la tragédie et à l'épopée, mais le roman n'en a pas. On a aussi toutes les formes poétiques qui existent.
    A l'opposé le roman est qualifié d'acanonique. Le fait qu'il n'a pas de règles précises laisse au romancier une grande liberté.

    Cela constituera la critique du genre, très critiqué jusqu'au 18e siècle. Il est qualifié d'inférieur et de non noble. On le dit fade et purement fictif et imaginaire. Marqué par la sensiblerie. En général il se contente de raconter des histoires amoureuses en cascade. Jusqu'au 18e le roman est dans le discrédit. Des auteurs écrivent des anti-romans, dont Diderot avec son Jacques le fataliste, dans la mesure où le roman se moque de l'intrigue, des péripéties, des rebondissements.

    C'est seulement au 18e siècle qu'il trouve ses lettres de noblesse avec le grand roman réaliste à la Balzac, reflétant la société bourgeoise et lu par les bourgeois. Le naturalisme.

    Au 20e il est un genre littéraire majeur, et a tendance a supplanter la poésie. C'est ce coté acanonique qui va permettre la profusion de différents types de romans. C'est ce qui permet aussi la profusion critique. On établit des types de romans et on les classe.
    Soit critère historique, soit critère proprement littéraire. Dans nos critiques, chacun a sa théorie et cherche à classer les romans selon son idée.

    1.2 Problématique


    On en vient à nos trois textes. Il faut les situer dans le contexte romanesque contemporain. On parlera de trois choses :
    • Situer les auteurs par rapport aux nouvelles théories des années 50 qui sont celles du nouveau roman.
    • Distinguer les veines romanesques.
    • Situer les textes par rapport au grand mouvement artistique contemporain : le postmodernisme.


    2 Situations


    2.1 Le nouveau roman.

    2.1.1 Présentation


    C'est un mouvement français qui débute dans les années 50 : Nathalie Sarraute, Alain Robbe-Grillet ou encore Michel Butor. Ces auteurs sont des romanciers mais aussi des théoriciens, ils cherchent à renouveller le roman en profondeur après la guerre.

    On a deux textes critiques fondamentaux : Pour un nouveau roman et L'Ere du soupçon. Malgré des divergences les deux auteurs sont d'accord sur quatre grands points qui vont faire la révolution du nouveau roman.

    1. Sarraute comme Robbe-Grillet premièrement refusent l'intrigue romanesque, cette idée que le roman est fait pour raconter une histoire. Ca va donner des romans à intrigue réduite.
    2. Refus du personnage traditionnel. Il reste présent dans les textes mais à l'état d'ombre. Son nom peut se réduire à une simple initiale.
    3. Refus de l'analyse psychologique. Par opposition au grand roman réaliste du 19e on reste exterieur aux personnages parce que la psychologie n'est pas ce qui intéresse le romancier.
    4. Enfin, la disparition du narrateur.

    Il y a une volonté de proposer des formes romanesques nouvelles et de le débarasser de certains vieux principes. A partir de là un principe se met en place, un soucis de relativité. Il n'y a plus de vérité dans le monde, on propose donc des formes beaucoup moins souveraines et affirmées. C'est les grandes théories des années 50 qui vont jouer un rôle dans toute la fiction européenne jusqu'à nos jours.

    2.1.2 Positions des auteurs


    Ils se situent en décalage par rapport à toutes ces théories. Dans les trois cas, on a une place importante accordée à l'intrigue. Ce sont des romans longs qui racontent des histoires. Reviennent à l'intrigue, histoire racontée par un narrateur.

    Dans les trois cas, les personnages sont posés. Ces figures sont clairement dessinées chez Roth. Retour en force de l'intrigue et des personnages contre les théories du nouveau roman.

    L'intrigue revient dans les romans d'une manière nouvelle. Il y a aussi des procédés qui font que la chronologie est parfois malmenée, la narration éclatée, mais persiste ce soucis de l'intrigue et du personnage, mais de manière renouvellée. Chez Roth l'histoire n'est pas linéaire. Bout à bout, on obtient l'histoire intégrale. Chez Grass on a un décalage au niveau de la narration. Même si elle est chronologique, le narrateur est personnage, il a une narration problématique : tantot première personne, tantot deuxième. Crée des effets de flou. La reprise personnage et intrigue se fait de manière nouvelle.

    De la même manière, la psychologie n'est pas exclue. On est plus dans le grand roman réaliste, mais les romanciers pénétrent dans les consciences et analysent les âmes. L'intériorité, l'introspection gardent leur importance.

    Narrateur omniscient par contre est remis en cause. Il n'y a plus de souverain. Comme l'auteur le narrateur relativise et ne maitrise par la vérité entière.

    Dans le Tambour, à la page 11, au moment où Oscar nous dit qu'il va être le narrateur on a tout un passage qui fait allusion implicitement aux nouveaux romanciers pour s'en détourner et se placer contre eux. Oscar dit qu'il va commencer le récit par le milieu. On rompt avec la chronologie. Grass va se placer contre ça. On a un passage ironique qui reprend de manière stéréotypée les théories du nouveau roman pour s'en détourner. Juste après, Oscar se pose en porte à faux, en héros. Oscar se pose donc comme héros de sa propre narration. Derrière c'est l'auteur Grass qui nous parle de Oscar comme un héros de roman. Pas de tradition du nouveau roman dans nos trois textes.

    Les auteurs tiennent à rester des conteurs et à donner des limites dans l'experimentation des formes.

    2.2 Veines romanesques


    Le deuxième grand point : la situation de ces trois textes par rapport aux deux grandes traditions romanesques.

    2.2.1 Présentation


    Il y a beaucoup de théories du roman. Notons celle de martes robert « roman des origines et origines du roman ». On peut tracer deux grandes directions : une branche réaliste et une branche fantaisiste.Elle part de deux grands sources : Don Quichotte de Cervantes, archétype veine fantaisiste, et Robinson Crusoé de De Foe, archétype veine réaliste.

    Veine fantaisiste avec Don Quichotte. Présente des personnages rêveurs inadaptés au monde qui les entoure, qui refusent le monde tel qu'il est et qui s'en détournent parce qu'ils préférent recréer un monde selon leurs propres lois et leurs propres imaginaires. Se détournent du réel. Don Quichotte qui se voit en chevalier. Personnages atypiques et marginaux, proches de la folie ou peuvent y sombrer. Le monde qu'ils créent est un monde utopique. On fait face à la réalité brutale par l'utopie, créé selon leur propre subjectivité, leur propre regard.

    Représentation d'une réalité sans cesse déformée et malmenée. A la fois par l'esprit du personnage et par la plume du narrateur. Cela donne des fictions qu'on peut dire anti-réalistes.


    Dernière édition par Albany le Mar 01 Avr 2008, 12:02 pm, édité 5 fois
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    Re: [CM3] L'histoire du roman et positions des auteurs

    Message  Albany le Mar 01 Avr 2008, 9:16 am

    De l'autre côté on a la veine réaliste. Dans cette veine là les personnages sont des pragmatiques qui n'hésitent pas à se confronter au monde qui les entoure pour tenter de dominer ce monde. Ils lui font face totalement. Robinson Crusoé reconstruit une petite civilisation sur son île. Il imprime sa volonté, son esprit et quelque part son pouvoir. Ce sera l'exemple type de ce qui donnera les personnages balzaciens, amibitieux et qui se confrontent au monde, pour arriver en haut de la société.

    L'exemple type de cette veine réaliste c'est Rastignac. Dans ces cas là, la réalité presentée n'est pas du tout déformée. On ne cherche pas à la démonter pour la remodeler. On cherche à reproduire le monde réel le plus fidélement possible. Balzac disait qu'il voulait faire concurrence à l'état civil.

    2.2.2 Positions des auteurs


    Grass et Kundera appartiennent clairement à la veine fantaisiste.

    Grass d'abord, est un auteur qui revendique l'influence de Rabelais, qui vient avant Cervantes mais qui peut être affillié à cette lignée fantaisiste. On a affaire dans les deux cas à des écrivains se présentant comme de joyeux bouffons qui font douter le lecteur.

    Oscar le nain bouffon et grotesque est un avatar moderne des Pantagruel et des Gargantua, mais avec un système d'inversion. De géants on arrive à nain. Mais le principe reste le même : déformation de la réalité à travers les proportions mêmes des personnages. Dans l'écriture même du Tambour on a cette fantaisie verbale propre à Rabelais. Le grotesque vient déformer la réalité. On cherche à s'approcher de la vérité par le grotesque et la déformation du réel, non par son imitation.

    Chez Kundera c'est l'héritage de Cervantès qui est clairement revendiqué. Dans l'art du roman on a un premier chapitre : « l'héritage décrié de Cervantes ». Il a pour volonté de rendre hommage à l'auteur espagnol et de rendre sa place essentielle dans l'histoire du roman. Kundera se reclame ouvertement de Cervantes et de cette veine anti-réaliste.
    Il insiste sur une autre grande influence pour lui, plus tardive, celle de Diderot. Notamment avec Jacques le fataliste. D'ailleurs Kundera a écrit un texte en hommage à Diderot, Jacques et son maître, de 70-71. L'influence de Diderot est importante; Il avait ouvert les possibilités romanesques et mis en place des récits anti-réalistes. L'auteur insiste sur plusieurs fins possibles, quelque chose qui n'a rien à voir avec le réalisme.

    Kundera choisit donc la voie du grotesque pour dire le monde, la vérité des êtres. C'est moins net dans le récit que chez Gunther Grass. Les personnages semblent plus vraisemblabes. Moins de bouffonerie revendiquée. Il faut se méfier de cette apparence lisse parce que tout baigne chez lui dans un climat d'artificialité, notamment dans la valse aux adieux.

    Structure du texte en cinq journées qui rappelle les actes du théâtre. L'ensemble est construit sur cette idée. On a des situations invraisemblables. On retrouve l'influence de Diderot qui crée des situations invraisemblables et rocambolesques. Surtout ce qui rapproche Kundera de cette veine fantaisiste c'est le soucis capital de ne jamais tomber dans le tragique au niveau de l'écriture et même au niveau des thèmes. C'est traité avec une certaine légereté de ton. Grand principe de Kundera. Dans son grand roman de 1984 le titre fait référence à cette légereté.


    En revanche pour Roth, on se situe dans une autre influence. C'est un écrivain qui a beaucoup écrit, avec des périodes. Il pourrait être rapproché de cette veine fantaisiste par nombre de ces textes. Rapprochement avec Kafka possible.

    De la même, manière, avec Le Sein, rapprochement avec Kafka. Le roman se présente comme une fable grotesque et absurdre où le personnage est transformé en un sein. Part d'hommage et part d'amusement. Cette veine fantaisiste ne préside pas dans la trilogie américaine.

    Trois textes qui reprennent le modèle du grand roman réaliste du 19e. On suit le parcours du personnage. On a pas de bouffonerie à la manière dont on en a chez les deux autres auteurs. Pas non plus de refus du tragique. Le texte a pour épigraphe une citation de l'Oedipe roi de Sophocle, archétype même de la tragédie antique. On cherche la purification en banissant un homme. Acceptation du tragique dans l'oeuvre, beaucoup moins de détournement par le grotesque.

    S'il y a du grotesque chez Roth c'est plutôt par certains thèmes évoqués. Ce qui est grotesque c'est le fait qu'une aventure d'ordre privée devienne un scandale public. Ce qui devrait être de l'ordre du fait divers est transformé en histoire officielle. Le personnage cherche à la détourner en farce. La farce devient de l'histoire officielle.

    On a trois auteurs qui sont un peu différents. Les deux premiers veine fantaisiste, en revanche il est difficile de voir l'oeuvre de Roth comme fantaisiste. On a un héritage du réalisme, remanié.

    2.3 Le postmodernisme


    2.3.1 Présentation


    Troisième grand point : mouvement artistique qui se développe à partir de l'après guerre en europe mais dans le monde entier, le post modernisme.

    C'est un mouvement artistique qui touche tous les arts. C'est un mouvement qui s'est développé dans l'après-guerre en Occident. C'est un mouvement qui fait suite au modernisme.
    Le modernisme est un mouvement qui va de la fin du 19e à la deuxième guerre mondiale, jusqu'aux années 1940. Regroupe des auteurs comme Proust, Thomas Mann, Joyce, Virginia Wolf, Hemingway. On a un passage brutal de la modernité à la post-modernité, lié au contexte historique et à la guerre.

    Jean Francois Lyotard disait que Auschwitz était le crime qui avait ouvert la post modernité en terminant un mouvement non achevé, la modernité, tragiquement inachevé.

    Quelle différence entre ces deux mouvements?

    C'est une façon différente de concevoir le monde et l'écriture. La postmodernité va instaurer un rapport tout à fait différent au réel. Les écrivains qu'on qualifie de post moderne ne cherche pas à comprendre le monde qui les entoure, mais plutot à réveler ce monde dans sa fragmentation et dans son incohérence.
    La guerre a instauré une crise majeure, artistique et esthétique. On ne peut plus penser le rapport au monde de la même manière.
    Jusque là les auteurs modernes cherchaient à répresenter un monde relativement unifié. Ce n'est plus le cas. Ici le monde est representé dans toutes ses divisions. Les modernistes cherchaient à lutter contre le chaos du monde et à proposer quelque chose d'unifié. Ici, les post modernes acceptent le chaos du monde et le reflétent dans des textes fragmentés. Conception tout à fait différente au rapport au monde qui entraine une structure différente dans l'oeuvre. De la même manière il y a une crise du langage.

    Jusque là le langage pouvait refléter le monde, décrire quelque chose. Les post modernes refusent de considérer le langage comme capable de refléter le monde qui nous entoure. Grave crise dans la représentation. On a cette perte d'idée comme langage outil de communication. Il devient creux et ne renvoie qu'à lui-même. Langage qui perd de son pouvoir. On va avoir des fictions qui font autre chose qu'imiter le réel. Mais ou le langage a sa valeur en lui-même uniquement. On joue avec les mots.

    En même temps on insiste sur l'idée que l'art est séparé du réel. Jusqu'à ce moment là le texte romanesque faisait croire que ce que le lecteur lisait était la vérité. Grand principe de Balzac et des classiques. A partir du post-modernisme, la fiction ne cherche plus à se présenter comme réel. Refus de l'illusion référentielle, identification entre lecteur et personnage. Donne lieu à des interventions de l'auteur dans le texte.

    2.3.2 Positions des auteurs


    On a trois textes : années 50, 70, 2K. Dans cette période du postmodernisme. Nous avons des auteurs postmodernes.

    Parlons de celui un peu à part, Kundera. Il n'aime pas trop ce terme là. Il refuse la littérature pour la littérature. Il y a quelques intrusions d'auteurs dans la narration. Kundera se réclame plus des auteurs modernes que postmodernes. Il parle beaucoup d'Hemingway par exemple. C'est quelqu'un qui fait peu de jeux de langages; même sur le plan des thèmes il ne laisse pas éclater la fragmentation. On a un espace-temps limité. Recherche d'une limitation.

    Les deux autres sont en plein accord avec la postmodernité. On peut considérer Grass comme une sorte d'initiateur du mouvement. Goût pour le chaos et la fragmentation, c'est visible dans la structure des textes. Le monde est décrit par un narrateur perturbé. Il parle aux trois personnes du singulier. Il prend de la distance avec lui-même, parle avec lui-même. On nous présente du non-sens. Aucune logique n'a sens.

    On retrouve ce chaos dans le texte de Roth, texte fragmenté, on fonctionne par moments. Il faut reconstuire l'ensemble. Il y a aussi un travail pour reconstruire un texte qui est déconstruit. Logique de la fragmentation qui renvoie à un monde lui-même fragmenté. Le monde n'a plus d'unité, alors le texte non plus. Pour le langage on a aussi ces fameux jeux, auteurs qui s'amusent avec un langage qui ne renvoie plus au réel. Par exemple jeux de mots d'Oscar.

    Chez Roth on a un auteur qui a le goût de bien faire comprendre à son lecteur qu'il lit une fiction. Roth reprend le réalisme mais pas le principe d'imitation du réel.
    Vision d'un auteur qui doute. Le lecteur apprend petit à petit la vérité. Ecrivain marqué par doutes et incertitudes. Ce qui est important dans la tâche ce sont les nombreuses réflexions sur l'écriture elle même. p202-203 on a des jeunes professeurs qui discutent de la cloture narrative, qui démontent le principe pour dire qu'un texte n'a pas à y obéir. Porte parole des idées de Roth. Et en effet cela est mis en place dans le texte. Ce principe de l'auteur qui utilise sa fiction est nettement visible chez Roth, c'est très postmoderne.

    On revient au recours de la conscience humaine, de manière nouvelle et postmoderne, avec un certain recul. On a une importance des jeux de langage, et la forme prime sur le fond. Même si l'intrigue a une importance, l'écriture sera toujours premiere. L'intrigue subsiste mais est amputée dans la mesure où elle est racontée dans un langage plus censé réfleter le réel.
    On parle d'un retour à l'intrigue qui est quelque part distancié, un retour critique.

      La date/heure actuelle est Ven 24 Nov 2017, 7:42 pm