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    Concours - France musique - ATTENTION : DATE LIMITE DE PARTICIPATION : le 19 MARS 2008.

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    Concours - France musique - ATTENTION : DATE LIMITE DE PARTICIPATION : le 19 MARS 2008.

    Message  Admin le Mar 18 Mar 2008, 7:39 am

    LES "CONTES DU JOUR ET DE LA NUIT" LANCENT UN APPEL A POESIE(S) !
    (Partenariat avec L'ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE RADIO FRANCE pour la musique)
    illustration

    Écrivez « à la manière de... » un poème sur le thème du souvenir, de la jeunesse, et d’après les sonorités inspirées par le sextet pour instruments à vent « Mladi » (Jeunesse) de Janacek.
    Prenez le risque de vous aventurer à nouveau avec les mots ! Voici une invitation à scander, chuchoter, « musicaliser » un poème à la manière de Prévert, Vian, Rimbaud, Hugo...
    Poèmes référencés ci-après :
    Chatterie, de Boris Vian
    Maintenant j’ai grandi, de J. Prévert
    En sortant du collège, de V. Hugo
    Le bateau ivre d'A. Rimbaud
    Vitam impendere amori de G. Apollinaire
    Sagesse, de Verlaine.

    • Tordez le sens, l’essence, jouez sur les sonorités.
    Par exemple : relevez dans chaque poème les mots qui vous paraissent caractéristiques du thème. Choisissez une forme poétique (nombre de pieds, de strophes, longueur des vers, disposition des rimes) en fonction du poème choisi.
    Puis rédigez votre poème sans utiliser les mots relevés, en prenant soin de choisir vos mots en fonction des consonances percussives (pour le rythme de la lecture).
    • Proposition : utilisez l’acrostiche en guise de signature (prénom OU nom).

    Ces écrits seront envoyés (avec les coordonnées postales, tél. et courriel de l'auteur) à :
    veronique.sauger@radiofrance.com

    1) en pièce jointe lisible par PC sous Word, mention en objet : " 2d Appel à écritures Contes Jour & Nuit"
    2) ainsi qu'à l'adresse suivante :
    Véronique SAUGER
    FRANCE MUSIQUE
    CONTES DU JOUR ET DE LA NUIT - 2d Appel à écritures
    116, av. du Président Kennedy - 75220 Paris Cedex 16
    3) Sera jointe une autorisation écrite en vue de l'adaptation (réécriture radiophonique adaptée aux musiques) du poème et sa lecture "musicale" sur France Musique par Véronique SAUGER (écrivain, musicienne, productrice des Contes du jour et de la nuit). Les auteurs seront déclarés à la SCAM, Société de droits d'auteurs de l'audiovisuel.

    Nom : ................. Prénom : ............... Adresse postale & courriel : .......................................................
    Tél. : ..............

    Poème choisi :

    DATE LIMITE DE PARTICIPATION : le 19 MARS 2008.
    Les poèmes sélectionnés seront lus en public le 19 avril au grand auditorium de Radio France.

    Bonne écriture et surtout, laissez vivre votre rythme intérieur ! Et...
    « Si vos pensées sont à panser, dépensez-les ! » © 11/2007 Véronique SAUGER


    Maintenant j'ai grandi, de JACQUES PRÉVERT

    Enfant
    j'ai vécu drôlement
    le fou rire tous les jours
    le fou rire vraiment
    et puis une tristesse tellement triste
    quelquefois les deux en même temps
    Alors je me croyais désespéré
    Tout simplement je n'avais pas d'espoir
    je n'avais rien d'autre que d’être vivant
    j'étais intact
    j'étais content
    et j'étais triste
    mais jamais je ne faisais semblant
    Je connaissais le geste pour rester vivant
    Secouer la tête
    pour ne pas laisser entrer les idées des gents
    Secouer la tête pour dire non
    et sourire pour dire oui
    oui aux choses et aux êtres
    aux êtres et aux choses à regarder à caresser
    à aimer
    à prendre ou à laisser
    J'étais comme j'étais
    sans mentalité
    Et quand j'avais besoin d'idées
    pour me tenir compagnie je les appelais
    Et elles venaient
    et je disais oui à celles qui me plaisaient
    Les autres je les jetais

    Maintenant j'ai grandi
    Les idées aussi
    Mais ce sont toujours de grandes idées
    De belles idées
    D'idéales idées
    Et je leur ris toujours au nez
    Mais elles m'attendent
    Pour se venger
    Et me manger
    Un jour où je serais très fatigué
    Mais moi au coin d'un bois
    Je les attends aussi
    Et je leur tranche la gorge
    Je leur coupe l'appétit.


    Victor HUGO (1802-1885), En sortant du collège : PREMIÈRE LETTRE
    (Recueil : " Les chansons des rues et des bois ")

    Puisque nous avons seize ans,
    Vivons, mon vieux camarade,
    Et cessons d'être innocents ;
    Car c'est là le premier grade.

    Vivre c'est aimer. Apprends
    Que, dans l'ombre où nos coeurs rêvent,
    J'ai vu deux yeux bleus, si grands
    Que tous les astres s'y lèvent.

    Connais-tu tous ces bonheurs ?
    Faire des songes féroces,
    Envier les grands seigneurs
    Qui roulent dans des carrosses,

    Avoir la fièvre, enrager,
    Être un coeur saignant qui s'ouvre,
    Souhaiter d'être un berger
    Ayant pour cahute un Louvre,

    Sentir, en mangeant son pain
    Comme en ruminant son rêve,
    L'amertume du pépin
    De la sombre pomme d'Eve ;

    Être amoureux, être fou,
    Être un ange égal aux oies,
    Être un forçat sous l'écrou ;
    Eh bien, j'ai toutes ces joies !

    Cet être mystérieux
    Qu'on appelle une grisette
    M'est tombé du haut des cieux.
    Je souffre. J'ai la recette.

    Je sais l'art d'aimer ; j'y suis
    Habile et fort au point d'être
    Stupide, et toutes les nuits
    Accoudé sur ma fenêtre.


    Arthur RIMBAUD (1854-1891), Le bateau ivre
    (Recueil « Poésies »)

    Comme je descendais des Fleuves impassibles,
    Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
    Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
    Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

    J'étais insoucieux de tous les équipages,
    Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
    Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
    Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

    Dans les clapotements furieux des marées,
    Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
    Je courus ! Et les Péninsules démarrées
    N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

    La tempête a béni mes éveils maritimes.
    Plus léger qu'un bouchon, j'ai dansé sur les flots
    Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
    Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots !

    Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sûres,
    L'eau verte pénétra ma coque de sapin
    Et des taches de vins bleus et des vomissures
    Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

    Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
    De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
    Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
    Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

    Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
    Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
    Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
    Fermentent les rousseurs amères de l'amour !

    Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
    Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
    L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
    Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !

    J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
    Illuminant de longs figements violets,
    Pareils à des acteurs de drames très antiques
    Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

    J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
    Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
    La circulation des sèves inouïes,
    Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

    J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
    Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
    Sans songer que les pieds lumineux des Maries
    Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

    J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
    Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
    D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
    Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !

    J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
    Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
    Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces,
    Et les lointains vers les gouffres cataractant !

    Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
    Échouages hideux au fond des golfes bruns
    Où les serpents géants dévorés des punaises
    Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

    J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
    Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
    - Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
    Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.

    Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
    La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
    Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
    Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...

    Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
    Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
    Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
    Des noyés descendaient dormir, à reculons !

    Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
    Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
    Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
    N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ;

    Libre, fumant, monté de brumes violettes,
    Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
    Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
    Des lichens de soleil et des morves d'azur ;

    Qui courais, taché de lunules électriques,
    Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
    Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
    Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

    Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
    Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
    Fileur éternel des immobilités bleues,
    Je regrette l'Europe aux anciens parapets !

    J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
    Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
    - Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
    Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?

    Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
    Toute lune est atroce et tout soleil amer :
    L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
    Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer !

    Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
    Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
    Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
    Un bateau frêle comme un papillon de mai.

    Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
    Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
    Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
    Ni nager sous les yeux horribles des pontons.


    Chatterie, de Boris VIAN (aux Scorpions)
    (Boris Vian, " Cantilènes en gelée ", p. 51, Livre de Poche, 1997)

    Quand j'avais douze ans, on descendait
    Tous en bande vers la Pointe-à-Pitre
    On cueillait des sapotes et des mombins
    Sur le bord de la route jaune
    Et les oiseaux jouaient à chat perché
    En criant des vieux airs créoles
    La vie était en forme de dragée
    Il n'y avait rien que de très doux
    Et, tout de même, plein de substance...

    Ma nourrice me prenait dans ses bras
    À douze ans, j'étais aussi grand qu'elle
    Mais jamais encore tenir dans ma bouche
    La pointe ronde et noire de ses beaux seins lourds
    Nous nous étendions derrière les cannes
    Le vent bruissait parmi leurs feuilles longues
    Aiguës et poudrées de soie rêche
    Ma nourrice était toujours nue
    Et moi, toujours déshabillé
    Aussi, nous nous entendions bien
    Elle avait une odeur sauvage
    Et des dents blanches plein la figure
    La terre sentait l'orbenipellule
    Et des fleurs de Kongo brûlant
    Nous recouvraient de leur pollen orangé

    Pendant trois saisons, j'ai eu douze ans,
    Parce que j'aimais tant ma nourrice,
    Je ne pouvais la quitter.
    Ma peau prenait des reflets bruns
    Brûlée au sol de la sienne
    Je la touchais avec toutes mes mains ensemble
    Les mains de mes yeux, celles de mon corps
    Et nos membres fumaient dans l'air veiné de noir.

    Je ne sais pas comment deux allumettes
    Peuvent s'emmêler, mais je sais
    Que nous étions bien droits l'un contre l'autre
    Comme deux allumettes; et au bout d'un instant
    Un chat n'y aurait pas retrouvé ses petits...

    D'ailleurs
    Il savait bien que ses petits n'étaient pas là.


    Vitam impendere amori, de Guillaume APOLLINAIRE

    Ô ma jeunesse abandonnée
    Comme une guirlande fanée
    Voici que s’en vient la saison
    Et des dédains et du soupçon

    Le paysage est fait de toiles
    Il coule un faux fleuve de sang
    Et sous l’arbre fleuri d’étoiles
    Le clown est l’unique passant

    Un froid rayon poudroie et joue
    Sur les décors et sur ta joue
    Un coup de revolver un cri
    Dans l’ombre un portrait a souri

    La vitre du cadre est brisée
    Un air qu’on ne peut définir
    Hésite entre son et pensée
    Entre avenir et souvenir

    Ô ma jeunesse abandonnée
    Comme une guirlande fanée
    Voici que s’en vient la saison
    Des regrets et de la raison.


    Sagesse, de Paul VERLAINE

    Le ciel est, par-dessus le toit,
    Si bleu, si calme !
    Un arbre, par-dessus le toit,
    Berce sa palme.

    La cloche, dans le ciel qu’on voit,
    Doucement tinte.
    Un oiseau sur l’arbre qu’on voit
    Chante sa plainte.

    Mon Dieu, Mon Dieu, la vie est là,
    Simple et tranquille.
    Cette paisible rumeur-là
    Vient de la ville.

    -Qu’as-tu fait, ô toi que voilà
    Pleurant sans cesse,
    Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà,
    De ta jeunesse ?

    illustration : © DR

      La date/heure actuelle est Ven 24 Nov 2017, 7:38 pm