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    Cours n° 1

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    Cours n° 1

    Message  Admin le Mer 19 Mar 2008, 3:01 am

    p.33 "la mère...j'en ai assez" p.39

    Intro.: "Au but". Thomas Bernhard, auteur contemporain. Pièce crée au festival de S. en 1981. Elle met en scène une mère veuve d'un industriel, sa fille et un auteur dramatique. Chaque année, à la même date, à la même heure, par le même train, la mère et la fille partent au bord de la mer passer l'été dans la maison familiale. La fille prépare les mêms bagages et la mère ressasse les mêmes souvenirs. cette année-là un jeune auteur dramatique a été invité.En attendant son arrivée, la mère revient sur le spectacle et l'invitation qu'elle avait lancée. (Problématique:) Cette scène est pour Thomas Bernhard l'occasion de faire son AUTOPORTRAIT en auteur dramatique. (plan:) S'appuyant sur ce huis-clos, Thomas BERNHARD DEPEINT LA condition D'AUTEUR DRAMATIQUE et se MET LUI-MEME EN SCENE..

    I.Huis-clos : mère-fille.

    1.La relation mère-fille.

    Relation extrêmement complexe. Objet de prédilection de la psychanalyse et de la sociologie, elle se caractérise par son caractère ambigüe et fluctuant.
    "Le devenir-femme est centré sur le passage de la tradition à la modernité dans le statut de la sexualité. Le devenir-mère est centré sur la question de la transmission. La confrontation avec le vieillissement et la mort (de la mère)." ("Mère-fille, une relation à trois").
    En littérature de nombreux ouvrages, notamment au 20ème siècle évoquent cette relation. "La pianiste" d'Elfriede Jeliner illustre l' anéantissement psychique de la fille par la mère.
    Violette Leduc, écrivaine homosexuelle peu connue en raison de sa "non-appartenance" à l'intelligentsia parisienne ni par un féminisme ou un millitantisme virulent, explore cette veine à travers une autobiographie, "La bâtarde", "L'asphyxie". Son écriture est particulièrement érotique.
    Nous pouvons dés à présent relever la perversité de la mère prétendant avoir invité l'auteur pour sa fille. ainsi que le démontre:
    _p.35 : "TON écrivain". La m. semble chercher à jeter dans les bras de l'auteur sa fille et paraît paradoxalement tout mettre en oeuvre pour que cette entreprise échoue. La mère fait mine de l'avoir invité pour elle: "C'est TOI qui le VOULAIS, tu VOULAIS"...La répétition du verbe "vouloir" s'apparente à un véritable martèlement. Notons un parallélisme entre "TU voulais"/"MOI JE voulais" suivi d'une question oratoire "Comment le voudrais-je" par laquelle la mère accuse sa fille d'âtre la cause de la venue de l'auteur. Particulièrement frappant dans le langage de bernhard, le recours à la RHETORIQUE JUDICIAIRE dont l'usage assimile la mère à un procureur. Gardons en mémoire à ce sujet que Bernhard a assisté à de nombreux procès en raison de son statut de chroniqueur judiciaire. Elle avance avoir légué à sa fille son AMOUR DU THEATRE, cet aspect met en lumière l'un des leitmotiv constitutif de la relation mère-fille excluant la figure du père.. L'usage que pratique la mère de la culture et du théâtre revêt quelque chose de monstrueux.. La DESTRUCTION D'UN ENFANT PAR SES PARENTS est un topos inspiré de la relation qu'entretenaient la mère de T.B. à ses parents ainsi que ce dernier à sa mère. L'auteur est convaincu que ceux qu'ils nomment "les géniteurs" mettent absolument tout en oeuvre dans le but d'anéantir leurs enfants. Ce topos est un leitmotiv de la littérature autrichienne et se distingue nettement chez KAFKA. Cette violence est souvent VERBALE, la mère détruit uniquement son enfant au moyen de la PAROLE aussi le langage devient-il MEURTRIER.
    A l'ouverture de la pièce, la mère relate son mariage avec le père qu'elle a haï toute sa vie durant développant une faine farouche envers tout et à l'égard de tous, hystérique, le texte nous apprend implicitement qu'elle souffre d'alcoolisme. Elle teint sous emprise sa fille réduite au quasi-silence et à la servilité. Nous avons donc affaire à un couple "installé" dont les rôles de dominant et de dominé sont clairement distribués et dont le fonctionnement pourrait perdurer sans l'arrivée de l'auteur dramatique.
    La fille voue quant à elle une grande admiration à sa mère exprimé de manière implicite par l'occurrence suivant : "Il t'admire Maman" prêtant ainsi le sentiment qu'elle éprouve vis-à-vis de sa mère à l'auteur, la connotation hypocoristique du terme "Maman" traduit la forte affection et l'attachement de lz jeune femme pour sa mère.
    Personnage écrasé par l'hégémonie de la parole maternelle parle peu, ses phrases sont courtes et ne parle que pour se défendre: p.33, "sur le banc des accusés".
    La relation que la fille entretient avec l'auteur est emprunte d'admiration, il paraît presque certain qu'elle l'aime. Elevant les moindres paroles de ce dernier, elle semble particulièrement naïve ce que suggère l' infantilité de la réplique suivante: p.34, "Et applaudi de quelle façon, Maman". La jeune femme paraît être maintenue dans un statut de dépendance et de "petite fille" par une mère dévorante.
    La RIVALITE opposant la mère à sa fille et due au fait que la mère est vieillissante. p.39, la mère apparaît sous les traits d'une femme blasée refusant ce qui a trait à la nouveauté et dont les regards ont été rassasiés a contrario des paroles de la fille témoignant de sa jeunesse. Un conflit de "générations" se greffe au conflit premier. Représentant ce qui constitue pour lui la relation parents-enfants, sa mère le considérant comme un MALHEUR à l'instar du personnage de la mère mis en scène dans "Au But". Les personnages ne sont en outre présentés que comme des ARCHETYPES dépourvus de prénoms, réduits à leur fonction et ne jouissant d'aucune description physique délivrée par d'éventuelles didascalies.

    2.Le duo.

    Les deux discours s' enchâssent parfaitement similairement à la constitution d'une partition. La mère s'emploie à détruire SYSTEMATIQUEMENT le discours de sa fille, p.33 la mère use à cet effet de l'IRONIE au moyen de laquelle elle NE TIENT AUCUNEMENT COMPTE DE CE QUE DIT SA FILLE ainsi NIE-t-elle la réplique "Il t'admire Maman" ou les PROPOS de cette dernière déclarant "un sigrand succès" à quoi la mère répond "cela ne prouve rien", p.33.
    A défaut d'être accordées les partitions jouent néanmoins ensemble et partagent des VARIANTES COMMUNES. p. 34, le discours par la mère p.33 "la mère...j'en ai assez" p.39

    Intro.: "Au but". Thomas Bernhard, auteur contemporain. Pièce crée au fextival de S. en 1981. Elle met en scène une mère veuve d'un industriel, sa fille et un auteur dramatique. Chaque année, à la même date, à la même heure, par le m^me train, la mère et la fille partent au bord de la mer passer l'été dans la maison familiale. La fille prépare les mêmes bagages et la mère ressasse les mêmes souvenirs. cette année-là un jeune auteur dramatique a été invité.En attendant son arrivée, la mère revient sur le spectacle et l'invitation qu'elle avait lancée. (Problématique:) Cette scène est pour Thomas Bernhard l'occasion de faire son AUTOPORTRAIT en auteur dramatique. (plan:)Dans ce huit-clos, Thomas BERNHARD DEPEINT LA condition D'AUTEUR DRAMATIQUE et se MET LUI-MEME EN SCENE..

    3.Scénographie : Espace-lieu-Objet

    LA MAISON : Lieu crucial pour T.B. et objet d'une recherche conséquente, son évocation est "liée à la MORT", elle est "INSTRUMENT DE CLAUSTRATION d'une SOUFFRANCE IMPOSEE A L'AUTRE" (C.Thomas)."LA MAISON EST UNE MACHINE A SUICIDE , elle CONCRETISE L'APORIE DE TOUT CHOIX D'EXISTENCE, RECHERCHEE POUR SON ISOLEMENT ET SES VERTUS DE PROTECTION, ON S' Y TROUVE COUPEE DU MONDE, CONFRONTE A SES MANIES SOLITAIRES, MALADES DE SOI-MEME".

    LE TEMPS: Ne se manifeste AUCUNE NOTION DE PROGRES dans le théâtre de T.B., le temps y est MELANCOLIQUE ("Le soleil noir de la mélancolie, Julia Kristeva"). Il ne "passe" pas, n'amène aucune progression, procède un mouvement de retour sur lui-même. Ce temps est un espace dans lequel rien "ne commence jamais". Chantal Thomas introduit l'idée qu'il s'en tient à un "AVANT -COMMENCEMENT" de manière similaire au temps kafkaïen.
    (Transition :)A travers le conflit mère-fille, nous est livrée la condition de l'auteur dramatique.


    II. La condition de l'auteur dramatique

    1.Les tares de l'auteur

    La bassesse attribuée au caractère de l'auteur est mise en exergue au moyen d' HYPERBOLES et de GRADATIONS caractéristique de l'écriture bernhardienne. Ce personnage est affublé des traits les moins flatteurs dessinant les contours d'un homme prétentieux et arrogant, la mère le cite à ce propos p.36 dressant une caricature féroce des écrivains répondant au sujet de toutes choses avec beaucoup d'arrogance. A cette première esquisse est ensuite soulignée l' absurdité du personnage avançant l'idée pour le moins incongrue qu'"auteur dramatique doit connaître avant toutes choses...la mer" assénant cette maxime en une vérité absolue. Il procède à cet effet d'une réflexion s'appuyant sur de faux-syllogismes élevant la connaissance maritime comme matrice de celle de son art. Il s'adonne en outre à l'hypozeuxe dont la logique apparente du discours s'efface au profit d'une vacuité notoire, cette figure de style est un parallélisme de construction ici ancré à partir de la répétition de l'occurrence suivante: "doit connaître".
    p.37 : "Il était agité" déclare la mère, par là, elle assigne l'auteur à l'image d'un homme hystérique, peu maître de lui-même, tenant à la manière d'un aliéné de grands discours dépourvus de signification.
    "Par nature arrogant", mué par "la folie des grandeurs", l'auteur se voit taxé de "lâcheté" l'invitant à se défiler "par la porte de derrière" ce que celui-ci confirmera par ailleurs dans le suite du dialogue.
    p.38 : La mère décrit avec mépris et virulence "l'impudeur du théâtre" dont le jeu d'acteurs est assimilé à une sorte de transe induisant de manière sous-entendue la dénonciation d'un acte sexuel (ce qu' infirme la répulsion notoire de T.B. à l'égard de la sexualité). Cette image dissimulée s'inspire des mystères grecs à forte connotation érotique à travers les termes d' "épuisement, d'impudeur, d'abandon".
    Le théâtre est ainsi perçu comme le lieu d' UNE PERVERSION COLLECTIVE _reproche longtemps formulé à l'égard de l'art dramatique_, p.37, il se présente comme une fête collective, sorte d'orgie sexuelle au coeur de laquelle chacun renoncerait à sa volonté propre ce que confirme la réplique suivante : "J'ai eu honte".
    p.39 : "Tout a été dit, montré", cette phrase met au jour l'absence d'originalité et de sens de littérature ainsi que du théâtre, véritable topos de l'auteur mélancolique, Rimbaud n'exprime rien d'autre en déclarant : "La chair est triste et j'ai lu tous les livres".
    Le public apparaît quant à lui VERSATILE, jugeant au gré de ses humeurs, une fois la pièce achevée et applaudit par convenance. A ce défaut de réflexion, s'ajoute implicitement l'assimilation des spectateurs à ceux des cirques antiques exerçant un pouvoir de vie et de mort ici dirigé à l'encontre de l'auteur.
    Rare est le public s'affranchissant des règles de bienséance et manifestant une réaction individuelle et vraie une fois le rideau tombé à l'exception notoire de la pièce de PETER HANDKE jouée au milieu des années 90 intitulée "Outrage au public" dont le titre n'avait rien à envier aux virulentes diatribes et insultes fustigeant le public dont la réaction fût à la hauteur des espoirs escomptés par l'auteur.
    p.34, T.B. souligne la bêtise de ce dernier applaudissant à son propre procès apparaissant de fait PERVERS ET MASOCHISTE, p.35, la formule suivante résume cet aspect: "Les gens ne comprennent rien mais applaudissent à mort". En exprimant son mépris à l'égard de l'auteur et du public, la mère dénigre et désavoue le théâtre dans sa globalité.
    Décrivant le masochisme et le sadisme d'un public doté d'un pouvoir d'anéantissement, p.37, la mère semble jouer avec la sonorité et le sens de ce mot confronté au terme "applaudissement", lesquels s'érigent en synonymes et dessinent les contours d'une spirale langagière, du mouvement d'un discours qui tourne en rond.
    A cette spirale infernale répond un succès présenté comme une APOCALYPSE car, p.39 "cela menait peu à peu à la catastrophe".
    L'auteur dramatique prend le visage d'un ANARCHISTE, d'un TERRORISTE, p.33 ainsi que le dessinent les propos de la mère.

    3.Grandeur de l'auteur.

    En contrepoint de cette critique fort dévalorisante apparaît une certaine grandeur, un prestige auréolant "ces gens avec l'ambition de leur esprit". Un portrait de l'auteur particulièrement flatteur insiste sur les qualités dont le dotent sa jeunesse, son ambition, sa capacité de tout "bouleverser et de mettre à nu l'être humain" p.34, cette image correspond au rôle que doit tenir un auteur tel quel que le conçoit T.B qui est pour ce dernier un PROSCRIT en dehors du monde. Héritier de Kafka, mais également en accord avec les considérations de son grand-père, T.B. situe l'artiste aux marges de la société à laquelle s'associe la métaphore kafkaïenne du cafard.
    Sa mère le considérait comme un monstre mais attribuait à ce caractère l'idée d'un trait extraordinaire permettant de comparer son fils à l'oncle perçu comme le" génie de la famille". Cette vision adhère également à celle de Bernhard au sujet de la figure de l'écrivain appréhendé comme un être monstrueux et exceptionnel dont le but ultime consiste en LA DESTRUCTION et se démarque par un ESPRIT D'OPPOSITION PERMANENT, s'étant de surcroît confronté à LA MORT.
    L'écrivain LUCIDE "est envahi" par LE FROID, objet par lequel il fait preuve de se RESISTANCE. Le monde est pour lui UN CHAMP DE GUERRE, DE LUTTE. L'auteur dramatique procède à une mise en scène de soi, de mise en abyme déployée par le texte.

    III.Mise en abyme

    1. Un portrait ironique

    Bernhard fait preuve d'auto-dérision en dépeignant la manière dont l'auteur dramatique évoque son art poétique inspiré du "flux et du reflux" de la mer, clin d'oeil aux propos qu'il qu'il avança à travers nombre d'entretiens n'hésitant pas à déclarer qu'il était un "homme de la mer" ainsi qu'il se le définit également dans le récité autobiographique "Un enfant", ce qui est pour le moins aberrant de la part d'un homme ayant vécu toute son enfance au coeur de la campagne autrichienne. Toutefois, le mouvement de "flux et de reflux" domine la biographie de T.B.et imprègne son style dont l'écriture tend à imiter le mouvement des vagues au moyen de VERS BLANCS, p.36.
    "Au But" est construit de deux parties distinctes dont la première est structurée de divers éléments autobiographiques, ainsi l'auteur à l'instar de T.B. est né aux Pays-Bas. Le motif de la couverture de cheval appartenant au grand-père ou le thème des horaires régissant l'écriture de l'écrivain _de même que le pratiqua son grand-père_assigné à travailler à heures fixes élaborent un texte d' AUTO-IRONIE. "Au But" a en effet été crée en 1981, époque où Bernhard était lui-même un auteur à succés et reconnu.
    Le caractère cynique et blasé de la mère prend source à partir d'un élément autobiographique réel, du reste Bernhard "est" tous les personnages.. La description du théâtre avancée par la mère


    suite au prochain épisord...












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