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    CM 1 Réalisme et Naturalisme

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    CM 1 Réalisme et Naturalisme

    Message  Admin le Mer 08 Oct 2008, 2:08 pm

    REALISME ET NATURALISME


    Ces deux notions appellent à être définies l'une par rapport à l'autre.
    Auerbach, critique allemand (1892-1957),"est l’auteur de "Mimésis" (imitation en grec), terme qui lui est inspiré par les théories d'Aristote. Dans cette étude, il retrace l’évolution du problème de « la représentation de la réalité dans la littérature occidentale » depuis Homère jusqu’à Virginia Woolf" (http://fr.wikipedia.org/wiki/Erich_Auerbach).

    Il définit ainsi le projet et l' oeuvre naturaliste :

    _1.Doit constituer une oeuvre SERIEUSE;
    _2.Mêle les REGISTRES STYLISTIQUES;
    _3.N'exclue la DESCRIPTION d' AUCUNE CLASSE NI D' AUCUN MILIEU;
    _4.Intègre la diégèse (l'histoire que l'auteur relate) dans le cours général de l'Histoire.

    Cette combinaison constitue une contribution importante du XIX ème au réalisme moderne.

    L'oeuvre doit être de nature "sérieuse", en effet jusqu'au XIXème siècle, la réalité n'était inclue qu'au sein de projets à finalité comique.

    La notion de "réel" était acculée au comique, le genre sérieux traitant quant à lui de la TRAGEDIE ou de l' EPOPEE.

    Le XIXème siècle assite à l' APOGEE DU REALISME dont la combinaison se constitue seulement.

    Le projet naturaliste se fonde sur les mêmes critiques poétiques mais les affinent. P.HAMON évioque ces deniers à travers "Le personnel de roman. Le système des personnages dans les Rougon-M. d'Emile Zola".

    (Hamon est connu pour son travail ayant trait à la description ou l'étude de l'ironie).

    Il ajoute à la liste précédemment citée, deux critères supplémentaires :
    _La volonté de décrire EXHAUSTIVEMENT le réel;
    _La volonté DIDACTIQUE de transmettre une certaine INFORMATION OBJECTIVE au lecteur.

    Le dernier point relève de l'aspect PEDAGOGIQUE du genre NATURALISTE.
    La littérature est perçue aussi bien pour Zola que par les naturalistes comme un SAVOIR que l'on COMMUNIQUE à autrui de manière à apporter un SAVOIR aux lecteurs.
    "Germinal" délivre un contenu informatif tout à fait notoire s'attachant à décrire l'univers de la mine et le travail des hommes qui lui appartiennent.

    La volonté de description exhaustive du réel constitue une véritable obsession pour Zola, désireux de de rendre compte de toute la réalité.

    L'un de ses ouvrages est consacrée à la figure de l'artiste, "L'oeuvre" dans lequel il met en scène un peintre dont le portrait trouve pour origine la vie et le caractère de son ami Cézanne et un écrivain, figure largement autobiographique. L'auteur se met en scène, les propos des personnages pouvant lui être attribués.

    Le peintre (ici, Zola) est avide "de tout voir et tout peindre". L'obsession zolienne se trouve ici aisément et explicitement repérable, volonté de couvrir tout le champs de la réalité.

    Balzac avait certes déjà nourris cette ambition mais dans une perspective plus historique et davantage en tant qu' homme de sciences.

    Cyclothymique, le père des Rougon-M. sombrait dans la dépression face aux difficultés d'atteindre le but auquel il aspirait.

    "La Débâcle" est l'avant-dernière oeuvre de la saga zolienne. Consacrée aux" évènements de 70", elle présentait comme difficulté majeure de s'attacher à décrire une période proche organisée autour d'évènements récents. Dans une lettre, Zola écrit à son propos: "J'ai toujours les yeux plus grands que le ventre" ainsi que l'expression suivante : "faire entrer le monde entier". Cette locution exprime pleinement ce phantasme que constitue le DESIR DE L'ENORME caractérisant le projet littéraire de Zola : Tout faire entrer dans l'oeuvre romanesque.

    De fait tout a droit de citer dans l'oeuvre naturaliste, RIEN NE DOIT EN ETRE EXCLU.
    Ce dernier point se manifestent sur les deux aspects suivants:

    _HORIZONTAL : Zola pense le réel comme UNE SURFACE sur laquelle il CLASSE et DECRIT morceau par morceau. Cette métaphore est étroitement liée à celle du MAGASIN dont l'image ressurgit au sein du "Bonheur des dames" dont les rayons symbolisent les différents ouvrages de l'oeuvre des Rougon MISE EN ABYME;

    _VERTICAL : L'idée de voir ce qui se trouve "en dessous", de creuser, de constater ce qui se dissimule sous les apparences du réel, d'arracher les masques de manière à pénétrer dans le coeur même de la véracité constituent les motivations profondes de la poétique naturaliste (ex. : "L'assomoir").
    L'image du scalpel inciser la chair de manière à mettre au jour le corps de l'écorché est en ce sens tout à fait petinente et signifiante.

    LES GONCOURT et les CONTRADICTIONS du REALISME

    1.Présentation :

    Deux frères, Edmond et Jules. Relation fusionnelle, malsaine. Aristocrates de goût et de tempérament artistes. Estètes raffinés. GRANDE PASSION en faveur du XVIIIème siècle.

    Fait étonnant, ces férus du XVIIIème siècle se sont lancés dans la rédaction d'oeuvres réalistes à partir de 1860 (parution de "Charles Demailly" constituant un roman sur un groupe de jeunes gens arrivistes simlaire au roman "Les Illusions perdues" écite par Balzac).
    En 1870, Jules meurt; malgré ce bouleversement considérable, son frère poursuit l'oeuvre amorcée communément et fonde l'Académie Goncourt.

    Esprits caustiques, acérés, personnages imbus d'eux-mêmes, leur journal estpénétré d'une féroce et incroyable méchanceté dont les éléments qui s'y trouvent relatés contrastent parfois de manière cinglante à la manière dont leurs connaissances en rendent compte; ainsi les Goncourt et Flaubert présentent deux versions différentes d'une soirée partagée ensemble.

    Le caractère quelque peu anecdotique de ce dernier point ne doit pas faire ombrage à l'importance que constitue ces témoignages de la genèse des romans à venir, la moindre idée y étant scrupuleusement consignée et susceptible d'être exploitée à dessein de création romanesque.

    2.PARADOXE

    Les frères Goncourt sont avant tout des historiens que passionne une période historique précise, objet de travaux portant sur l'art ou la représentation de la figure féminine au XVIIème siècle

    Ils s'emploient à user d'une démarche documentaire similaire à destination de leur projet romanesque.

    Chaque personnage est ainsi emprunté, calqué sur la réalité.

    Les deux frères n'hésitèrent pas à fréquenter les "bas-fonds" afin de transcrire par exemple des bribe de discours, cette démarche est semblable à celle que Zola entreprît et constituaient un véritable travil d'enquête. Flaubert se contentait quant à lui de documentation livresque.

    "Le roman actuel se fait avec des documents racontés ou relevés d'après nature comme l'histoire sa fait avec des documents écrits" : Un parallèle est explicitement opéré entre le travil de l'historien et celui du romancier en vertu de la fortune du domaine scientifique ayant cours au XIXème siècle.

    L'intérêt = passion pour les documents relevés d'après nature.
    Ainsi, est évoquée de manière conforme à la réalité la description de milieux qui n'avait encore jamais eu droit de citer en littérature.
    La basse-classe, le LAID (qu'ils tendent à associer) ainsi qu'une description quasi-maniaque s'attardant à la description de détails parfois SORDIDES en sont les principaux bénéficiaires.

    Ce souci de documentation s'accompagne paradoxalement de celui d'un REALISME DE L'ELEGANCE traduisant la volonté de deux frères de donner du VRAI et du BEAU.

    Le style joue encore un rôle prépondérant (volonté esthétique) et justifie l'usage de l'expression "l'écriture artiste". Il s'agit d'adopter un style travaillé et élégant en dépit du défaut d'esthétisme des thèmes traités.

    Ces descriptions particuièrement ciselées confinent à une impression générale d'artificialité (ex. :"Renée Mauprin")

    Ce travail opéré sur la langue est justifié par une volonté de traduire les nuances les plus subtiles que leur confère leur sensibilité ainsi que celles que leurs accordent leurs "affinités visuelles"; couleurs et matières sont transcrites au moyen de termes rares.

    Les ruptures de construction syntaxiques rendent compte des chiasmes esthétiques eovrant dans le réel.

    Le contraste évident opposant le style à l' univers réel qu'il décrit aboutissent à une sorte de hiatus.

    L'intérêt de leur oeuvre réside dans le le fait que les Goncourt ont particpé à ouvrir la voie au NATURALISME et la manière dont ils ont su traiter ces thèmes du "bas" et du "laid".

    "GERMINIE LACERTEUX" a été publié en 1865.

    Cette oeuvre relate une histoire morbide, celle d'une femme morte de phtiisie; cette "Rose" était Rosalie Malingre, bonne des deux frères;
    La diégèse trouve source dans la réalité. Après la mort de Rosalie, les deux frères eurent connaissance de la vie dissolue à laquelle leur bonne souscrivait. Maîtresse du fils de la crémière, abandon de l'enfant né de cette union, alcoolisme, vols, prostitution, endettement...

    Les deux hommes mirent deux années à réaliser cet ouvrage, le temps d' accepter sans doute leur manque de perspicacité!

    L'oeuvre fût rééditée en en 1886 et dotée d'une seconde préface offrant au lecteur les passages du journal des deux écrivains évoquant Rosalie. Toutefois cette préface est à prendre avec précautions, les passages en question ayant été retravaillés, il est intéressant de les comparer au vérittable journal des Goncourt dans le cadre d'une étude critique.

    Une adaptation théâtrale vu le jour en 1888 lors de laqulle dit-on Proust aurait pleuré. Le rôle-titre en fût confié à la plus éminente comédienne que le XIXème posséda : Réjane.


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