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    Cours n° 3

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    Cours n° 3

    Message  Admin le Mar 18 Mar 2008, 3:54 pm

    Lettres1 à 24. La fiction orientale se met au service d'un discours satirique fustigeant avec virulence les moeurs occidentales.
    Le regard conjoint d'Usbek et Rica oriente cette critique s'attachant à dénoncer dans un premier temps les aspects les plus superficiels de l'objet de leur moquerie. La question des moeurs est consubstancielle à deux notions au 17ème siècle ainsi que le démontre "Richelet" en 1680 dans son dictionnaire : Les moeurs connotent la manière dont vit un individu, bonne ou mauvaise. Un jugement éthique, moral est porté sur cet aspect. L'insertion du verbe "agir" participant à définir la notion de "moeurs" induit l' idée d'une société car toute action engagée se voit dès lors suivie de conséquences sur la vie d'autrui.

    Bien que les définitions délivrées par les dictionnaires puissent différer elles s'accordent néanmoins de manière constante à envisager les moeurs comme l'expression de la manière de se comporter, qu'elle soit innée ou acquise et influant sur les actions conduites par les individus ou plus généralment par l'ensemble d'un peuple. Le recours à ce terme suggère l'existence d'une diversité culturelle établissant de fait une conception dichotomique des moeurs orientales et occidentales. Le relativisme à l'oeuvre, très prégnant prend appui sur la base de cette distinction complétant en outre le jugement axiologique exprimé par Furetière.

    La définition élaborée au XVIIème siècle, objet d'une réflexion philosophique, tend à se rapprocher assez précisément de la conception dont use notre époque contemporaine.

    _Les moeurs relèvent du domaine particulier et correspond à la manière dont l'individu se comporte;

    _Lieu de l'habitude;

    _d'ordre privé, elles singularisent la manière dont il est question de se comporter envers les autres;

    _Elles font l'objet d'une approbation ou d'une condamnation, d'un jugement public exercé à l'encontre de comportements privés;

    La satire raille les étrangetés exprimées par des comportements considérés comme mauvais

    Caractérisant également les peuples et les nations elles sont le lieu où s'épanouit la conception d'une culture particulière.

    Une notion intéressante s'attache à rendre compte de l'influence d'une culture collective stigmatisant des comportements individuels.

    L' étrangeté des moeurs deviennt le signe indiscutable des travers d'un individu ou trahissant le caractère corrompu d'un peuple.

    La satire individuelle aboutit à la satire d'un peuple, d'une culture, cette évolution reliant le domaine paritculier à sa dimension collective, de fait à la nation, constitue l'un des intérêts majeurs du texte écrit par Montesquieu. Les thématiques développées à travers "Les Lettres Persanes" embrassent une dimension politique.En effet, aborder l'organisation de la vie en société confère nécessairement à considérer les lois qui la régissent.. Les moeurs occidentales se distinguent nettement des moeurs orientales en matière de rapport aux sentiments.

    Montesquieu les rattache à l'habitude d'un type de gouvernement. La sphère individuelle en tant q'incarnation des structures sociales constitue une manière d'appréhender et de comprendre le politique.

    Railler le phéniomène de mode vestimentaire, les courtisanes, les salons, l'Académie française est moins l'expression d'une critique globale qu'une manière d'explorer la société et ses principes.

    Toutefois, le jugement porté sur les moeurs n'est pas exclusivment éthique mais didactique au sens où il vise à dévoiler, à appréhender intellectuellement et expliciter les différences qu'il s'évertue de mettre en lumière.

    La satire des moeurs constitue le thème majeur de ce récit épistolaire. (Soixante-dix lettres)

    Du point de vue de la structure, l'alternance de thèmes graves et sérieux, de la dimension satirique véhiculée par la verve ironique, du développement sous forme de dissertation de sujets tels que la démographie sont contre-balancés par des sujets beaucoup plus légers permettant un épanouissement du style se déployant à travers l'évocation de la mode ou des cafés parisiens.

    Le principe d'alternance et de la satire conjoints ont une fonction divertissante dans un récit quelques fois appesanti par son caractère philosophique voire théologique. Au fil de la progression du récit, le texte raffermit sa dimension satirique sans toutefois se laisser envahir par cette dernière. Du reste, la narration tend à s'assombrir de façon notoire a contrario du début du récit, pétillant et emprunt de gaieté, la crise qui s'abat sur le système de la Régence succédant au règne de Louis XIV se déploie en contre-point dans le sérail. L'évolution du récit s'accompagne de l'aparition d'une double tragédie. Cette prograession en vue du tragique est symptomatique d'une société marquée par le désordre politique.

    La fiction proposant comme rédacteurs de ces lettres des orientaux, l'Orient est de fait peu la cible de la virulente satire à l'oeuvre dans le récit. L'aveuglment d'Usbek et Rica, de l'Orient sur lui-même est d'autant plus frappant que les deux personnages se singularisant par leur clairvoyance vis-à-vis de l'Occident. La visée didactique du développement de cet aspect trahit la propension de chaque individu et de tout peuple à demeurer aveugle sur ses propres égarements et dysfonctionnements.

    L'objet de cette démarche narrative correspond au désir de rendre étranger ce qui relève du familier et de l'évidence. L'origine orientale des deux personnages est justifiée par ce projet. Il s'agit de déconstruire d'une certaine manière ce qui est appartient à "l'habitude". Singulièrement, les deux hommenes ne sont pas en mesure d'appliquer à ce principe à eux-mêmes, Usbek est incapable d'exprimer toute véritable e à l'encontre du despostisme oriental et de la figure du tyran, en étant un lui-même, attaché à la soumission à laquelle il assujettit les membres de son sérail.

    L'essentiel de la satire se trouve de fait dirigé à l'égard de l'Occident. Nombre d'individus font les frais de cette vigoureuse diatribe : Les "grands" du Royaume sont considérablement victimes de la mordante ironie déployée par l'auteur.Le ton est donné ldès la lettre 24 dans laquelle Roi de France et Pape incarnant respectivement l'autorité cicile et religieuse sont assimilés à des magiciens. Cette comparaison constitue un véritable leitmotiv dont le thème central considère l'Occident comme le lieu de la métamorphose. En effet, ces hommes ont en leur possession la capacité d'influencer leurs sujets en se jouant de leur crédulité.

    L'idée que les choses puissent différer d'elles-mêmes tracent l'une des grandes lignes participant à la satire occidentale. Cette thématique du changement est fondamentale, de surcroît elle se trouve confortée par le topos de la mobilité parcourant l'ensemble du tableau occidental, les Parisens ne s cessent de courir rapporte l'un des orientaux, les occidentaux s'agitant perpétuellement mués par les raisons et les sujets les plus dénués d'intérêt.

    Au lieu de la transformation et du mouvement stigmatisé par une "débauche d'énergie permanente" donnant naissance à d'aussi futils concepts que celui de la mode vestimentaire ou confrontant les hommes à une grande mobilité d'ordre sentimentale s'oppose enfin l'Orient, lieu de la lenteur, de la fixité, d'une dureté et d'une immobilité intangible.

    Les femmes sont l'objet de prédilection de la satire, elles sont considérées comme l'une des causes du désordre occidental, l'importance sociale qui leur est accordée en Occident est largement critiquée et source d'étonnement pour les deux orientaux.

    Le ridicule affecte particulièrement la frivolité féminine, toutefois, les hommes ne sont pas en reste : Leur comportement est dénoncé à travers la critique des salons, la vacuité de leur discours, les cafés donnant lieu à l'expression de la versatilité de leurs opinions. Le caractère instable de ces dernières se trouve ainsi considérablement au moyen d'une critique violente et ascerbe.

    L'autre versant satirique des moeurs des hommes occidentaux relève de l'activité frénétique des savants qu'elle appartienne à la science ou de l'Académie française. L'intelligence en Occident semble ainsi s'attacher à l'étude de choses insignifiantes et frivoles.

    Montesquieu dénonce le mauvais usage de la liberté dont usent ses contemporains notamment en matière d'intelligence et de savoir.Les grandes institutions de la connaissance sont ainsi déconsidérées.

    La société semble ébranlée par le dévoiement de la conduite des femmes et la vacuité des intellectuels illustré par le caractère inconstant des hommes occupés à considérer des problèmes frivoles et dénués d'intérêt. La sphère religieuse est le troisième espace dans lequel la critique des moeurs se déploie, ce dernier objet constitue en outre un topos ancien de la satire littéraire. Les persans n'envisagent nullement la religion agent de division a contrario des occidentaux pour lesquels elle est source de désaccord et facteur de désordre.

    La thématique satirique s'appuit sur le phénomène de disproportion de l'importance réelle qu'il convient normalement d'accordre à certains objets.

    La société trop mobile semble dépourvue de fondations solides garantissant sa pérennité. La verve et la fantaisie inhérente au style de Montesquieu se développent à travers l'étayage de ces différents points. Analyse et description sociologiques des comportementaux individuels sont intimement liées à l'établissment d'une réflexion sur la Nation.

    Si le principe de mobilité revêt un caractère inquiétant, elle est également à l'origine d'une quête par laquelle les deux personnages principaux s'attellent à la recherche utopique d'un idéal, d'un espace eldoradesque dans lequel la société soit vertueuse grantie par une structure politique exemplaire.

    La vertu apparente de l'Occident est dénoncée par la frivolité des hommes, la bizarrerie de leurs actions à travers lesquels se manifestent les passions les plus étranges provoquant inéluctablement désordre et chaos.

    Une institution échappe toutefois au dévolu que jette cette violente diatribe : Les Invalides. L'organisation politique récompensant la vertu individuelle équivalent à l'instauration civile d'un principe de solidarité.

    L'ébauche d'une société plus juste s'illustre noamment par la recherche continuelle de la vérité à laquelle s'astreignent les cours de justice, les parlements.

    Un discours politique se met en place à partir de la mise en avant d'éléments à caractère positif. La valorisation du travail de recherche de la vérité tend à s' approcher de manière intéressante du travail philosophique aspirant eu même dessein. Ces deux espaces mettent en exergue une valeur importante aux yeux de Montesquieu : la Justice.

    L'écrivain s'adonne à la théorisation de l'organisation civile fondée sur le principe de justice., conception liée à l'idée de "justesse". Ce dernier élément permet d'envisager les actions des hommes à leur juste mesur. Cette recherche à laquelle vient s'ajouter le désir d'équité est cruciale pour l'auteur, aussi se moque-t-il avec virulence de tout phénomène disproportionnée.

    Montesquieu n'épargne personne et place toutes les institutions au même plan, toutes sont envisagées sous l'angle politique et considéré du point de vue humain. Nulle trace de prestige ne se manifeste à l'égard de la transcendance, ce qui cautionne la critique religieuse, systématique.

    Les prêtres sont perçus comme une cause de discorde.


    Conclusion : Derrière le brio du discours satirique stigmatisant les errements des personnes, de leurs comportements et d'une plus large manière, des institutions, Montesquieu met au jour leur rapport étroit à la sphère politique et leur propension à définir plus globalement la société.

    L'organisation de la société entraînent égalment une série de conséquences sur l'individu.

    Le relativisme se situe au coeur de cette réflexion. Les moeurs sont relatives à l'Etat en rapport avec les comportements individuels et l'organisation politique des sociétés européennes.

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