Forum des étudiants de lettres de l'UB

Forum des étudiants de lettres de l'UB

Forum des étudiants de Lettres de l'UB_Discussion, échanges, entraide et partage de cours en ligne


    Cours n° 2

    Partagez
    avatar
    Admin
    Admin
    Admin

    Messages : 183
    Date d'inscription : 18/03/2008
    Age : 35
    Localisation : Over the rainbow.

    Cours n° 2

    Message  Admin le Mar 18 Mar 2008, 3:49 pm

    Montesquieu accède à la célébrité par la publication des "Lettres Persanes" en 1721 constituant aussi bien un roman qu'un texte philosophique. La sphère romanesque du récit s'articule autour des quelques aventures que les Persans relatent lequelles sont assujetties à sa dimension orientale.
    L'Orient philosophique a pour mission le réflexion et la compréhension.
    Un parallèle systématique des moeurs est opéré.
    Les deux personnages principaux, Usbek et Rica quittent Ispahan afin de voyager. Le visage de la France se modifie considérablement au cours des années égrenant le séjour des deux personnages aboutissant à la rigueur de la fin de règne de Louis XIV et aux premières années de la Régence.
    La manière d'envisager le rapport à la politique et aux moeurs est profondément remise en question.
    Les "Lettres Persanes" constituent le premier grand texte philosophique des Lumières en considération des éléments suivants:
    _le RATIONNALISME : examen de la Raison dont la mission est de conduire chacun vers le bonheur par une très grande liberté de penser.
    _son CARACTERE MODERNE : Montesquieu n'est pas un révolutionnaire.
    _REFLEXION SUR LA SOCIETE : L'Homme est considéré essentiellement en tant qu'être social que Montesquieu place au centre de la société.
    _REJET de toute forme d'INTOLERANCE et de DOGMATISME.
    Le texte:
    S'il n'est pas le premier à mettre en scène un regard étranger mais il l'est quant à l'importance qu'il lui confère dans cette oeuvre. Du reste, il joue pleinement des ressorts narratifs du roman épistolaires qu'il porte à la perfection. La possibilité de faire entendre une multitude de voix différentes par la multiplication des scripteurs est largement dévéloppée. Les lettres des deux Persans ne possèdent aucune unité tonale pouvant les associer : Au côté satirique et gai des missives d'Usbek s'oppose la teinte sombre et empreinte de mélancolie de l'écriture de Rica.
    Un tryptique : Trois volets structurent l'oeuvre. Le premier inclue la période précédant l'arrivée à Paris. Il est comporte deux textes d'ouverture. Une thématique émerge du texte introducteur, celle associant le récit à "une espèce de roman" et posant le problème des "Lettres Persanes" : son commencement, son centre et sa fin. Le récit relate l'histoire du devenir des personnages percevant leur nouvel environnement sous un angle nettement moins emprunt de naïveté et d' émerveillement. Les deux personnages s'adaptent progressivement à celui-ci et la réalité leur apparaît de fait de moins en moins étrange. Le démantelement du sérail s'opère de manière parallèle à leur adaptation et proportionnellement à mesure que croît l'absence d'Usbek.
    La question de l'occidentalisation des deux Persans est fondamentale. La conception qu'envisage Usbek des rapports entre les hommes et les femmes ne connaît quant à elle guère d'évolution. Aussi punit-il durement les membres appartenant à son sérail.
    Aucun des personnages n'endosse à l'amorce du récit le rôle de "chantre autorial". Leurs conceptions philosophiques ne sont en rien celles de l'auteur a contrario de "L'Esprit des Lois".
    La première lettre:
    Cette première missive ouvre la série des lettres postèrieures et s'inscrit dans la représentation d'un voyage : Les deux Persans accomplissent un voyage physique et spirituel. Une première explication des motivation du voyage y est exposée. "Un dispositif des raisons" structure le développement des différentes arguments que sont le désir de savoir et d'apprendre et d'être les premiers Persans (ce qui est erroné) à fouler le sol occidental.
    Singulièrement le monde oriental tel qu'il est présenté par Montequieu est toujours stigmatisé par l' immobilité qu'elle soit d'ordre religieux, politique ou qu'elle relève des moeurs. Opposée à cette conception, la perception de l'Occident est quant à elle marquée par l'image d'un monde en mouvement.
    Montesquieu est de fait tenu d'expliciter la rupture de cette thèse à l'oeuvre dans le récit puisque les deux Persans quittent leur pays. Au voyage d'étude s'ajoutent plus tardivement dans la progression du récit les véritables raisons ayant contraint les deux hommes au départ : Usbek confesse n'être en réalité qu'un fugitif échappant au désir de vengeance des ennemis dont il a provoqué la colère en tentant de mener à bien le projet de demeurer vertueux quoiqu'il pût en coûter à la Cour du Sultan. Le voyage entrepris par les deux hommes est ainsi salutaire puisqu'il leur permet d'échapper à une mort quasi certaine. La question d'ordre politique s'interrogeant sur les abus du pouvoir est illustrée par la démonstration de l'exercice de la corruption et du despotisme régnant en Orient. Ces derniers points justifient la "mise en mouvement" des deux personnages se dirigeant ainsi vers une quête. Fuyant le divorce de l'éthique et d'un pouvoir corrompu, les deux hommes, aspirent à une réunification du politique et de la vertu. Au terme de cette réflexion, se manifeste dés lors la question suivante : Comment penser un exercice vertueux du pouvoir?
    Cette interrogation nous conduit à l'étude de la seconde thématique établie par le premier volet structurant le récit. La lettre 2 s'adresse au "gardien des femmes", elle soulève la question de l'incarcération des femmes, principe régisseur des lois organisant le vie du sérail.
    Usbek a confié les clefs de son sérail à son eunuque afin que ce dernier veille sur leur vertus, point qui singularise le caractère paradoxal du comportement d'Usbek puisqu'il fuit lui-même l'enfermement devenu menaçant.
    Le texte oppose et confronte incessamment l'idée d'une vertu obtenue par la force de celle résultant de l'exercice de la liberté individuelle.
    Les lettres rédigées par les personnages féminins font part de la dureté des privations.
    Le sérail est le lieu du désir et de l'ardeur des passions (son étymon "patior" signifie "souffrance", cette dualité prend ici sens).
    Ces différents éléments posent les jalons du fonctionnement narratif, le topos oriental occasionne aussi bien une réflexion sur le politique qu'il permet l'expression de la passion et du désir.
    Conte des Trogolodytes:
    Les lettres 11 à 13 font l'objet d'une fable dont Usbek entreprend la narration, celle des Troglodytes.
    Cette histoire connaît trois phases :
    1.Aucun principe d'équité et de justice ne régît la société. Le peuple refuse toute espèce d'autorité et dont la loi fondée sur la suprématie "du plus fort" refuse toute espérance de partage. L'impossibilité de la société à fonctionner en vertu de ce principe est manifeste et la conduit à sa propre destruction. Tous se périssent à l'exception de quelques hommes et femmes vertueux.
    2.Ces quelques troglodytes incarnent la justice et la vertu. Il sont l'expression d'une utopie fondée sur l'avènement de la vertu sans recours à la contrainte. Les hommes sont considérés vertueux par nature.
    3.Les troglodytes désirent choisir un roi (lettre 14). Ce souhait est consécutif à leur lassitude de sa comporter vertueusement non contraints. Le sage auquel cette fonction est dévolue se lamente sur leur sort, pleurant notamment sur l'abandon de leur utopie fondatrice et unificatrice.
    Suite à cette fable didactique, deux conclusions tendent à s'imposer :
    1.Aucun modèle de société n'est viable. Il est nécessaire d'instaurer un principe d'autorité civile afin de réguler les conflits..
    2.une société ne semble être en mesure de se passer d'autorité, la question de la vertu exercée sans contraintes s'érigeant en matrice sous-tendant tout le texte..La société en proie à une violence excessive et celle s'affranchissant de tout principe de contraintes conduisent à des impasses dont le texte tâche de frayer une issue en définissant un chemin situé entre ces deux modèles. Cette nouvelle conception devrait offrir duabilité et viabilité à la société en faisant la synthèse du rapprochement de l'idée de vertu à celle de contrainte.
    La fonction de cette ouverture permet l'exploitation de différents aspects qui seront par la suite continuellement explorés tout au long du texte:
    _Instauration d'une première image de l'Orient carctérisée par ces points essentiels:
    >Fixité des moeurs, immobillité
    >Exercice violent et tyrannique du pouvoir politique
    >Composante religieuse.
    _Un ensemble de questions est ainsi envisagé :
    >Le désir est exacerbé du fait de la violence étouffant les moeurs auxquels doivent répondre les comportements de chaque individu. Montesquieu construit une représentation de l'Occident à partir de ce point de vue
    >l'Orient illustre un avenir possible de l'Occident en raison du despotisme flagrant de son pouvoir politique et de l'intolérance notoire de sa sphère religieuse.
    L'Orient endosse un rôle de révélateur.
    Le premier espace, le plus superficiel s'attache à la question des moeurs, aux coutumes, aux manières d'agir propres à chaque société, à toute cicilisation. Le point de vue oriental dévoile et juge les spécificités des moeurs occidentales notamment en matière d'éthique.
    Le second a trait au Relativisme dont la manière d'envisager le monde qui n'est pas absolue. Sous cet angle, les moeurs occidentales perdent leur caractère nécessaire.
    Le regard persan particulièrement critique confère au discours sur les moeurs une dimension satirique et ironique très efficace.
    Like a Star @ heaven

      La date/heure actuelle est Mer 19 Sep 2018, 11:14 pm